Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

SCIENCE - RELIGION

DIEU - Le MAL - La MORALE

Bruno ALEXANDRE

NOUVEAU TEXTE:  Théologie et conscience

 

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" …il ne peut y avoir d'opposition entre la foi et la science"

                                (J.P. II Allocution devant les membres de la Société européenne de physique)

 

- "Science et religion: l'irréductible antagonisme"

                                (Jean Bricmont professeur de physique théorique à l'université de Louvain)

 

    La thèse défendue dans ce site est que les sciences biologiques tout particulièrement, avec la théorie darwinienne de l'évolution, viennent invalider les religions dogmatiques. (voir le texte 4)

    Un certain nombres de textes de l'auteur concernant les dogmes catholiques sont proposés à la réflexion de chacune et chacun.

    Les impératifs de clarté et honnêteté intellectuelles invitent à dire que l'auteur a une solide formation scientifique (agrégé de biologie et géologie) et qu'il s'est intéressé depuis longtemps (enseignement de philosophie du baccalauréat), aux rapports science/philosophie/ religion. 

    Il tient à préciser qu'il a fait le choix de l'athéisme mais que cette option n'a pas été strictement dictée par la raison, impuissante à décider si un dieu existe ou n'existe pas. Ce choix se fonde en effet surtout sur des considérations morales  L'athéisme professé est donc un athéisme axiologique, c'est-à-dire d'ordre moral. (voir le texte 6: Dieu et le mal). Cet athéisme est celui du grand philosophe contemporain: Marcel Conche.

 

    le texte de l'une de nos conférences: "Science et religion" concrétise la problématique. Nous en donnons ci-après l'introduction:

 

 L'AMPLEUR DU PROBLEME

 

           Science et Religion, vaste sujet dont je n'aborderai qu'une petite facette. Il y a tout d'abord DES religions et DES sciences et ensuite la problématique de leurs statuts et de leurs relations, dans les deux sens: influence de la science sur la religion et inversement. Et de plus la science s'interroge sur l'objet même qui la rend possible, a savoir le cerveau.

Les deux positions extrêmes sont bien exprimées par ces deux propos:

 

- " …il ne peut y avoir d'opposition entre la foi et la science"

                                (J.P. II Allocution devant les membres de la Société européenne de physique)

 

- "Science et religion: l'irréductible antagonisme"

                                (Jean Bricmont professeur de physique théorique à l'université de Louvain)

 

            Les sciences impliquées sont nombreuses, je citerai essentiellement:

- la textologie, science d'étude des textes.

- l'archéologie (qui bouleverse toute l'histoire sainte)

- l'anthropologie.

- les sciences physiques.

- la cosmologie.

- les sciences cognitives avec tout particulièrement les neurosciences.

- les sciences biologiques et géologiques qui, ont vu éclore la théorie biologique de l'évolution dont j'examinerai en détails les conséquences.

- Dois-je citer la psychanalyse dont le statut est controversé. En tout cas cette discipline, comme dirait son fondateur lui-même, est venu blesser le narcissisme humain et relativiser la liberté humaine. Ce moi, disait Freud, qui "n'est même pas maître dans sa maison" et qui "doit se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe , en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique".

 

De toutes ces sciences, celles qui mettent le plus en danger les dogmes religieux sont l'archéologie et les sciences de la vie et de la terre.

Disons quelques mots de l'archéologie qui mériterait une conférence entière. La science archéologique est devenue déstabilisante pour la bible quand George Smith annonça à Londres en 1872 que des tablettes cunéiformes relataient une histoire très proche du récit biblique du déluge et qu'elle lui était largement antérieure. Cela a fait écrire à l'assyriologue jean Bottéro que la bible venait de perdre "sa prérogative immémoriale d'être "le plus ancien livre connu", "un livre pas comme les autres", "écrit ou dicté par Dieu en personne." "(1)

Cette singulière nouvelle déclencha une vague de recherches majoritairement axées vers le but de prouver l'historicité des dires bibliques. Cette archéologie qui a perduré jusqu'à une période récente a été nommée archéologie biblique sur laquelle on ironise aujourd'hui en parlant de chercheur ayant une bible dans une main et un marteau dans l'autre!

Quel est l'état de la question aujourd'hui? Très inquiétant pour la représentation traditionnelle des croyants!

Sauf exception (cas, pour ne citer qu'un exemple, de la cité de Lakkish détruite vers 700 av. J.-C.) les données archéologiques ne coïncident pas avec l'histoire biblique. L'exemple le plus emblématique est celui de la fameuse conquête éclair du Pays de Canaan. La réalité est que Jéricho était inoccupé depuis longtemps à l'époque déduite de la bible. Une inscription indique que les égyptiens occupaient encore le pays un siècle après sa prétendue conquête! Bref, les nombreux anachronismes ont conduit récemment, l'archéologue Israël Finkelstein et l'historien Neil Asher Silberman à mettre totalement en doute la valeur historique de la bible.(2) La science archéologique a donc fait basculer dans le mythe un pan énorme de l'histoire dite sainte. Des patriarches jusqu'à Moïse et même David et Salomon, tout paraît astucieusement "arrangé"!

            Comment expliquer alors les écrits? La thèse d'Israël Finkelstein et de Neil Asher Silberman est qu'ils se comprennent dans le cadre de l'ambition de Josias au 7ème siècle AV J.-C.. Il a rêvé unifier son royaume du sud avec celui du nord en annexant ce dernier qui était sous domination assyrienne. Les assyriens ayant desserré leur étau vers -630 pour se porter vers la Babylonie, Josias a cru son heure venue. Ses plans furent malheureusement contrecarrés par une intervention égyptienne qui lui coûta d'ailleurs la vie.

Le texte biblique a donc été rédigé sous Josias au 7ème siècle dans une perspective sudiste de réunion du nord et du sud. Ce que visait Josias était un pouvoir fort et centralisé dans le domaine à la fois politique et religieux et ayant Jérusalem comme centre. Il s'agissait donc d'écrire une histoire commune rassemblant la mémoire des deux royaumes afin de créer une identité autour de l'écrit, ce qui fait d'ailleurs nouveauté.

Apparaissent ainsi sous Josias deux piliers fondamentaux de ce que sera le judaïsme: une communauté généalogique avec une loi écrite venant d'En Haut. (Le 3ème pilier viendra plus tard avec le messianisme, après l'exil à Babylone, à l'époque perse, sous Esdras et Néhémie.)

 

            Côté religion, je m'en tiendrai au christianisme, avec plus particulièrement le catholicisme; c'est en effet le catholicisme que je connais le mieux et qui présente la plus forte construction dogmatique et je veux montrer que la science fait s'écrouler cette construction.

 

            Le thème science et religion est aussi celui du SAVOIR et du CROIRE ou si l'on préfère de la RAISON et de la FOI.

Il me semble que l'on croit d'autant moins que l'on sait plus, au sens de savoir scientifique, et je dénonce tout de suite la prétention des théologiens qui veulent distinguer des vérités scientifiques et des "vérités de foi". Or, de droit, nous ne pouvons parler que de vérités scientifiques mais pas de vérités de foi. A l'évidence, les vérités de foi ne sont que des CROYANCES.

Wittgenstein (1889-1951 – philosophe britannique, d'origine autrichienne) a fort bien dit les choses "La croyance religieuse n'est pas comme la sagesse, une chose par laquelle on peut être mené par la réflexion, elle s'apparente plutôt à une passion."(3) Et ce n'est pas le moindre des esprits qui a écrit:" La foi commence précisément là, où s'arrête la pensée." (Kierkegaard)

De son côté rené Etiemble proclame d'une façon lapidaire: "Il y a une espèce humaine avec deux variétés: l'une est religieuse, l'autre est raisonnable".

Le sociologue Emile Durkheim, (1858-1917) dans son ouvrage "les formes élémentaires de la vie religieuse" indique fort justement que la vraie fonction de la religion n'est pas tant d'augmenter notre connaissance, mais de nous faire agir, de nous aider à vivre. Il écrit : " Le fidèle qui a communié avec son Dieu n'est pas seulement (ni surtout) un homme qui voit des vérités nouvelles que l'incroyant ignore ; c'est un homme qui peut davantage. Il sent en lui plus de force, soit pour supporter les difficultés de l'existence, soit pour les vaincre."(4)

            J. Bouveresse (Professeur au collège de France – chaire de philosophie du langage et de la connaissance) livre à ce sujet dans "Peut-on ne pas croire", une analyse intéressante. Faisant un détour par Régis Debray, lui-même fortement influencé par Durkheim quant à sa conception de la diversité du sacré, il cite les Etats Unis comme société "qui semble capable d'accepter de savoir moins (autrement dit, de rester religieuse, au sens le plus traditionnel et même parfois le plus archaïque du terme) pour pouvoir plus."(5) (La réussite ayant un côté de "salaire divin", de récompense divine .

 

Ces propos sur la claire distinction du savoir et du croire, ne conviennent pas du tout aux théologiens qui refusent bien sûr le jugement de l'Encyclopédie de Diderot de n'être pas des hommes de raison. Bien plus, ils font valoir la supériorité de leur rationalisme qu'on appelle le rationalisme chrétien que Claude Tresmontant a même nommé le rationalisme intégral. Il n'y a en fait rien de plus opposé au rationalisme scientifique que le rationalisme chrétien dont, récemment, face à l'Islam, Benoît XVI, à Ratisbonne, s'est fait le chantre. La raison du croyant n'est pas une raison libre, autonome autosuffisante, c'est une raison subordonnée à celle de Dieu, c'est à dire à celle de la foi, donc à son service. La raison croyante met la main sur la raison tout court.

Sans aucun complexe, la raison croyante s'estime supérieure; Jean-Paul II déclare dans son encyclique "Foi et Raison" que le philosophe chrétien est "toujours guidé par le supplément d'intelligence que lui donne la parole de dieu" (§104). Le catéchisme officiel surenchérit: "Le refus de Dieu que professe l'athéisme et le refus de se prononcer à son sujet (agnosticisme), même s'ils s'expliquent par divers motifs, n'en traduisent pas moins un réel déficit (en italique dans le texte!) dans l'exercice de l'intelligence." (6). Si vous voulez donc faire de la science avec la meilleure intelligence surtout ne soyez pas athée, vous n'avez aucune chance pour le prix Nobel. Je plaisante à peine, ainsi Jean-Paul II, au dernier jubilé des scientifiques prônait " l'élaboration d'une culture et d'un projet scientifique qui laissent toujours transparaître la présence de l'intervention providentielle de Dieu."

Si le scientifique doit être dans cet état d'esprit on devine celui du théologien; pour paraphraser un philosophe, je dirai que les théologiens font partie de ces hommes qui ont conclu à Dieu en raisonnant à partir du monde parce qu'ils se sont déjà donné un monde tel qu'il conduise à dieu. On conçoit dès lors que le dialogue science/religion soit fort délicat car jusqu'à nouvel ordre le chercheur scientifique se comporte dans ses travaux comme s'il était athée a savoir qu'il n'inclut rien d'extérieur, de transcendant, à l'objet qu'il étudie. La condition méthodologique de l'exercice de la science est objectivement le matérialisme. La 4ème de couverture des Cahiers du Cercle cite opportunément ce passage de Renan de "l'Avenir de le science": "Par cela seul qu'on admet le surnaturel, on est en dehors de la science, on admet une explication qui n'a rien de scientifique, une explication dont se passent l'astronome, le physicien, le chimiste, le géologue, le physiologiste, dont l'historien doit aussi se passer."

 

            Ce qui va encore obscurcir la discussion ce sont tous les glissements, les extensions, les "étirements" (Freud), les "emprunts-détournements" (P. Tort), bref les déviances sémantiques que les philosophes et les théologiens vont faire subir aux concepts qui nous occupent , introduisant ainsi une polysémie, c'est-à-dire une multiplicité de sens qui va brouiller les cartes . Il semble bien d'ailleurs que ce soit le but recherché par les défenseurs des idéologies religieuses.

            L'exemple typique est celui du théologien protestant J. Ellul:

"Rien ne peut détruire (la religion), car ce qui la met en question est aussitôt promu à sa place et objet d'une croyance religieuse à son tour … Donc le fait croyance paraît inhérent à l'être humain ! C'est dans cet univers de croyances que se situe, ni plus ni moins accentuée, la croyance religieuse, qui se réfère à un au-delà insaisissable." (7)

Hélas toutes les croyances ne se valent pas ; croire en Dieu, en la résurrection de Jésus Christ…. Ce n'est pas la même chose que de croire à la raison ou à la science! Si tout est croyance alors mieux vaut croire en ce qui augmente mon savoir (la science) qu'en ce qui le fige (la religion).

Une référence à E. Renan s'impose maintenant, pour une double raison: d'abord, c'est lui qui nous réunit aujourd'hui et il fut ce croyant traditionnel passé au rationalisme qui écrivit très tôt – 1848 - (la publication fut cependant tardive:1890) "L'avenir de la science". Renan baigne lui aussi dans ces concepts élargis mais ce n'est pas comme les théologiens pour sauver leur religion car Renan a quitté la sienne au nom de la raison. Pourtant son esprit est demeuré religieux et cela lui fait parler de la religion de la science, une religion nous dit-il, "en esprit et en vérité" c'est-à-dire ce culte enthousiaste de l'idéal, du vrai, du beau. "Ma religion, dit-il encore, c'est toujours le progrès de la raison, c'est-à-dire de la science."

Renan a donc bien abandonné sa foi en l'Eglise mais il lui a substitué une foi en la science, il est devenu prêtre de la science. A la raison scientifique de conduire l'humanité vers une perfection ultime " Ce n'est donc pas une exagération de dire que la science renferme l'avenir de l'humanité, qu'elle seule peut lui dire le mot de sa destinée et lui enseigner la manière d'atteindre sa fin […] la raison prendra un jour en main l'intendance de cette grande œuvre, et, après avoir organisé l'humanité, ORGANISERA DIEU » (8)

Ainsi le rationalisme de Renan que l'on qualifie aujourd'hui, un peu dédaigneusement , de positiviste et même de positiviste mystique ou de scientiste (il est vrai que l'on ne s'exprimerait plus comme lui aujourd'hui), aboutit à un Dieu qui est homme, enfin un dieu à l'image de l'homme dont le but est de dévoiler le merveilleux de la nature dans toute sa splendeur pour constituer, je cite Renan: "une poésie qui sera la réalité même, qui sera à la fois science et philosophie".

 

Essayons maintenant de classer, à la lumière de l'histoire, les types de relations science-religion en nous fondant sur l'histoire du christianisme. Quatre grandes catégories peuvent être distinguées:

 

1) la subordination

2) le conflit

3 ) l'indépendance

4) la complémentarité , la convergence voire à la limite, la symbiose.

 

Aux temps des origines ( à l'exception peut-être des 1ers Pères qui se méfiaient de la science – sagesse des hommes = folie pour Dieu) et du Moyen Age pour parler surtout du catholicisme, a régné la subordination . La théologie était la reine des sciences, celles-ci étant au service de celle-là.

Mais la science revendiquant son autonomie et devenant plus expérimentale que spéculative va, à partir de la Renaissance, commencer à entamer le statu quo antérieur. Je ne développerai pas, la révolution copernicienne, les affaires G Bruno, et Galilée sont assez bien connues et illustrent éminemment la relation de conflit. Par contre, pour restreindre le sujet, donc pouvoir l'approfondir, j'insisterai sur l'influence de la théorie scientifique darwinienne . Je parlerai de l'impact de cette théorie sur la dogmatique catholique.

L'une des plus grandes avancées scientifiques de notre monde moderne est en effet la théorie darwinienne de l'Evolution biologique; elle a été aussi l'une des plus déstabilisantes pour l'esprit humain.

            On savait déjà depuis Copernic et Galilée que la terre n'était plus le centre d l'univers; avec Darwin voilà que l'on apprend que l'homme n'est plus le centre de la nature vivante et que son origine est animale et non plus divine, il ne pouvait y avoir pire nouvelle pour les religions instituées. Et encore aujourd'hui, des millions de gens n'ont pu s'y faire, comme par exemple les créationnistes et néocréationnistes américains. Les premiers croient encore à une subordination de la science à la religion. Ils s'en tiennent à une interprétation littérale de la bible, en particulier de la Genèse. C'est par exemple le déluge qui a creusé le grand Canyon du Colorado.

Les seconds sont plus conciliants. Ils soutiennent que l'étude scientifique de la nature conduit à admettre l'intervention d'une intelligence supérieure, d'un "dessein intelligent" (Intelligent Design = I D) qui oriente les phénomènes, et veulent que leur conception soit érigée au rang de théorie scientifique au même titre que celle de Darwin.

L'Eglise catholique qui se fait fort d'être progressiste en la matière, recherche comme nous le verrons, plutôt une complémentarité voire une convergence avec la science tout en prônant une certaine indépendance entre science et théologie.

Bruno ALEXANDRE

 

(Lire l'intégralité de la conférence)

 

 

 

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