Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

SCIENCE ET PECHE ORIGINEL

LA POSITION DU JESUITE G. MARTELET

 

(Extrait de l'article "Le mensonge dogmatique" paru dans le N° 116 de La "Tribune des athées")

 

 

Gustave Martelet a tenté d'intégrer les données de la paléontologie; Il expose ses idées dans un livre intitulé: Libre réponse à un scandale – La faute originelle la souffrance et la mort."

la Genèse est bien sûr relativisée, le récit est considéré comme allégorique, symbolique, rédigé avec les mentalités du temps des auteurs (car il y en a eu deux!) influencés par les mythes mésopotamiens. Le langage est accepté comme mythique mais, nous dit un autre théologien 'tout en choisissant le langage mythique, les auteurs ont fait œuvre de démythisation" car la nature n'est plus déifiée!

Adam ne représente plus une personne unique, il est la figure éponyme de l'humanité, c'est à dire le symbole de l'humanité entière. Eh. Dans cette perspective le péché d'Adam est en quelque sorte le, péché de tout le monde, de tout homme, Adam Il n'est pas plus ou moins pécheur que les autres, il est ce que nous sommes tous et en ce sens peut nous représenter tous.

"La faute originelle, est donc considérée comme étant une image de l'expérience du péché qu'ont les auteurs: elle "est donc pour le Genèse le péché actuel, paraboliquement projeté au début de l'histoire. "

Adam n'est plus le pécheur causal, responsable d'une sorte de vice de la nature humaine transmissible à la descendance, mais simplement le pécheur inaugural, le premier pécheur. Le péché originel se trouve ainsi banalisé et à vrai dite vidé de son sens dogmatique.

Cette faute originelle lointaine dans la préhistoire se rapporte néanmoins à des hommes dignes de ce nom, avec leur conscience, leur esprit, leur liberté. Le théologien se pose très justement le problème de l'émergence, dans le cursus de l'évolution, de l'esprit qui fait que l'homme est homme et non animal. G.Martelet est soucieux de s'accorder avec la paléontologie et accepte que le statut d'homme est atteint avec le genre Homo et il cite Homo habilis qui, dit-il, a déjà l'essentiel de sapiens c'est à dire qu'il est doué des spécificités humaines. Quelles en sont les critères objectifs? selon G. Martelet, ce sont les outils qui dépassent incontestablement l'outillage animal . Il va de soi que pour le théologien les spécificités humaines n'ont pu naître progressivement par évolution. L'homme est né "tout d'un coup" par la volonté de Dieu. L'esprit est certes biologiquement conditionné dans son apparition mais il est l'apanage de l'intervention mystérieuse de Dieu responsable du "saut ontologique". On est homme ou ne l'est pas du tout" ! 

            Gustave Martelet concède cependant que les caractéristiques spirituelles, qui font d'un homme un homme, n'avaient pas jadis les qualités de celles d'aujourd'hui.

La conscience humaine au commencement était "encore enveloppée dans les brumes de son état naissant" et il est reconnu que la Genèse attribue à l'aurore de l'humain "des clartés de plein jour" qu'il n'avait pas encore.

 

G. Martelet considère que la liberté humaine primitive "reste longuement, semble-t-il à son état naissant. H. Habilis est un enfant au point de vue de la moralité: "enfant dans la technique, la conscience, la pensée, le langage, pour ne rien dire de la taille de son corps et des dimensions même de son cerveau, l'habilis ou tout autre individu qui représente nos origines, n'est-il pas aussi un enfant du point de vue de la moralité?"

Alors "de même donc qu'encore petit et immature un enfant peut pécher…presque sans le savoir, de même l'humanité dans son enfance, peut "pécher" sans que sa faute lui soit directement imputable."

On voudrait bien savoir maintenant en quoi a consisté la faute originelle, valorisée par le dogme classique, et qu'il nous faut qualifier désormais d' "inaugurale".. Ce serait "le désir insensé de devenir dieu par soi-même, en réduisant ainsi à notre taille le mystère de Dieu", un péché d'orgueil en quelque sorte! On conçoit bien mal un tel désir dans la tête d'Homo habilis , deux fois moins volumineuse que la nôtre et tout occupée a savoir comment il allait façonner ses galets pour essayer de survivre dans un environnement qui devait être effrayant pour lui!

 

Et le paradis dans tout cela? Il exprime "le bienfait radical d'exister". Il n'est plus ce jardin où les conditions étaient idéales et où l'homme ne connaissait pas la mort physique. On considère maintenant que dès le début la mort corporelle est consubstantiel à l'homme. :"Le péché se rapporte à la mort spirituelle, mais il n'est pas la raison d'être de la mort biologique;" .

Le paradis n'est "rien d'autre qu'une image voilée de Jésus-Christ lui-même "en qui tout a été créé". Il est une préfiguration de la future perfection en J Christ.

Dans cette conception Jésus Christ n'est donc plus donné au monde en raison du péché. Dans le dessein divin, l'incarnation a été voulu de tout temps, donc avant le péché qui n'est pas sa cause; l'incarnation est simplement devenue rédemptrice après le péché. C'est donc l'amour de Dieu qui a voulu Christ dès le départ pour que nous puissions être divinisé .

 

Ainsi la défaillance morale des premiers hommes semblent aller de soi et on a bien envie de dire que le mal est consubstantiel à l'homme. D'ailleurs Martelet considère que toute l'humanité est solidairement pécheresse du fait que Jésus-Christ en est l'universel sauveur.

D'après ce qui précède il apparaît donc que l'homme n'a pas été créé parfait mais plutôt pécheur. Il reste alors à examiner le Problème de l'existence même du mal et de sa compatibilité avec la bonté et perfection de Dieu?

            Bien évidemment pour le Jésuite, Dieu ne peut être responsable du mal; alors, comment comprendre alors qu'il ait pu créer sachant que le péché surviendrait ? Martelet trouve la solution dans le fait de l'incarnation car ainsi, dit-il, Dieu "a pris sur lui en s'incarnant tous les maux relatifs à l'œuvre ainsi créée, . […] Il fait réellement siennes les détresses du mal qu'en créant, et pour pouvoir créer, il n'a pu éviter." La décision divine de créer est indissociable de "son regard sur l'agneau immolé". "ce regard "conditionne le dessein créateur".

                       

En ce qui concerne cette nouvelle vision proposée par Martelet, le scandale est déplacé. Pour lever le scandale du mal lié à notre finitude, Martelet introduit un autre scandale celui que j'appellerai le scandale de l'amour divin. Car un acte d'amour qui consiste en un sacrifice sanglant d'un fils est scandaleux pour la morale purement humaine . Un Dieu qui théoriquement peut tout, a donc choisi un monde où ses créatures sont amenées à souffrir, et où de ce fait, il aura à se faire souffrir lui-même? Cela porte un nom, c'est du masochisme!

 

C'est à ce niveau qu'un hiatus s'insinue entre la raison et la foi; la foi qui nous demande l'acceptation d'un scandale. C'est pourquoi il faut dire que la foi est non seulement au dessus de la raison (Pascal) mais aussi contre et en même temps contre la morale humaine. En cela la foi apparaît donc inacceptable.

Finalement sciences, raison, morale mène au devoir d'incroyance!

 

BILAN

 

1) Dieu ne crée plus l'homme directement et immédiatement à partir de la matière inanimée

   La création progressive – une enfance de l'humanité- avant l'état adulte

2) Adam et Eve ne sont plus un couple mais symbolisent l'humanité

3) le paradis n'est plus ce lieu parfait où l'homme ne mourait pas – c'est simplement le symbole de la perfection à la fin des temps.

4) Le PO est ramené au niveau des péchés actuels il en est simplement le 1er

5) la rédemption n'est plus la conséquence du péché originel

 

On doit tier alors comme conséquence:

a) que le mal n'est plus de la responsabilité de l'homme mais de Dieu s'il y a une enfance de l'humanité donc aussi une enfance spirituelle.

b) que Dieu n'est plus omnipotent   si pour en arriver à l'homme il a fallu qu'il s'y prenne il y a plus de 3,5 Milliards d'années.

            Nous voilà donc avec un dogme moderne contraire à l'ancien impliquant un Dieu impuissant et mauvais….

 

Que sont donc devenus les déclarations solennelles, sous le sceau de l'Esprit saint, des conciles et des papes répétant l'immutabilité du dogme??

Et il paraît (citation de l'encyclopédia Universalis – article "adam" que "le conflit entre l'évolutionnisme biologique et la vérité religieuse de la Bible apparaît maintenant comme dépassé"? alors que l'auteur (André Dubarle) a écrit des centaines de pages sur le péché originel justement parce qu'il y a Problème!…

                          Bruno ALEXANDRE

 

NB: pour plus de détails, consulter le chapitre IV de "Création ou évolution? La science et le crépuscule des dogmes"

 

           

 

 

 

 

           

 

 

 

 

 

 

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