Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

 

CATHOLICISME ET  GUERRE DE  14 – 18

 

(Article paru dans le N° 637 des Cahiers Rationalistes)

 

 

Il va sans dire que  ce court article ne prétend pas à l’exhaustivité.

         La mentalité religieuse lors de cette guerre est bien exprimée, en France, dans une publication qui s'adresse à la masse des fidèles: le Missel. Il en est un qui fut intitulé Missel du miracle de la Marne  (1) avec une préface de l'abbé Stéphen Coube, datée du 12 septembre 1916.

         Cette préface commence par rappeler le jour du 12 septembre 1914 où le général Joffre  annonça l'issue positive de la bataille de la Marne et prononça le terme de victoire.

Les lèvres chrétiennes y ajoutèrent le qualificatif de miraculeuse. Tant l'issue de la bataille était inattendue et défiait l'élémentaire raison.

         L'abbé Coube se lance alors dans la théologie du miracle et nous explique qu'il  en existe deux sortes: le miracle absolu et le miracle relatif. Le premier déroge aux lois de la nature que Dieu suspend momentanément; il est strictement surnaturel, comme par exemple la résurrection d'un mort. Le second, le miracle relatif, pourrait être qualifié de naturel car dans ce cas Dieu emploie les forces naturelles qu'il oriente en vue d'une fin défiant la raison commune. Ainsi l'abbé écrit: "c'est une action de Dieu qui, loin de suspendre  ou de contrarier le Jeu régulier des  forces  naturelles  ou  des causes secondes, les favorise au contraire, les dirige dans le sens de leur activité normale,  développe  leur puissance et  leur  fait ainsi produire  des résultats qui nous étonnent et déroutent nos prévisions.

Par exemple, on conçoit très bien que, au lieu de faire briller un labarum  dans les cieux (2),  Dieu puisse directement relever une armée qui semblait abattue et vouée à la défaite en éclairant les généraux, en exaltant le courage des soldats et, en même temps, aveugler les chefs ennemis et faire naître la panique et la déroute dans une armée qui se croyait sûre du succès."

Le cas de la victoire de la Marne relève de cette explication, c'est ce que l'abbé Coube essaie ensuite de démontrer en analysant le déroulement de la bataille. Il conclut non sans emphase: "  Elle  a eu lieu, comme celle  qui défit jadis le premier Attila, dans la plaine des champs Catalauniques, tandis que la France priait sur la montagne. Elle a évolué tout entière sous la bénédiction de Geneviève, de Jeanne d'Arc, de Notre Dame et du Sacré-Cœur. Pas de doute: " Digiti Dei est hic, le doigt de Dieu est là!"

         S. Coube loue ensuite le génie du commandement et  l'héroïsme des soldats. Il cite la fameuse adresse de Joffre leur interdisant  de reculer quitte à se faire tuer sur place. "Les soldats ont compris ce langage, écrit-il, ils ont tenu, ils ont vaincu. La victoire de la Marne a été l'œuvre du génie et du courage français.

Mais elle a été aussi et dans un plan supérieur, l'œuvre de Dieu qui combattait pour nous, comme à Tolbiac, comme à Bouvines, comme à Orléans et à Patay, comme dans toutes les grandes batailles où il a aidé la France à repousser les envahisseurs de son territoire."

Cette action de Dieu en faveur de la France est une marque d'amour car "c'est lui […] qui donne la victoire à ceux qu'il en juge les plus dignes."

 

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La mentalité croyante est aussi illustrée par l'ouvrage intitulé: La Guerre Allemande et le Catholicisme (3). Cette publication rassemble des articles de clercs et de laïcs, "hommes d'une doctrine sûre et d'une fidélité absolue à l'Eglise" ».

La contribution du chanoine B. Gaudeau illustre la façon dont le catholicisme français perçoit la pensée religieuse en Allemagne. L’attitude bismarckienne avec son Kulturkampf avait fortement traumatisé les catholiques. Rappelons que le Kulturkampf a pour origine un schisme suite à la proclamation de l’infaillibilité pontificale qui fut refusé par un certain nombre d’ecclésiastiques et de laïcs, les vieux catholiques. Bismarck saisit l’occasion de leur conflit avec leur hiérarchie pour les soutenir et faire voter une série de mesures anticatholiques  connues sous l’appellation de Lois de mai.

Le paradigme bismarckien témoignait d’un sentiment de supériorité de l’esprit allemand persuadé d’être  au service de la vraie religion chrétienne, le protestantisme luthérien. Après les victoires  de Sadowa et de Sedan, des prêches enflammés avaient été tenus, attribuant la victoire au Dieu de Luther, le Dieu allemand ! Par la suite, il est connu que Bismarck dut mettre de l’eau dans son vin, mais resta prédominante la conception d’un intime

lien entre  protestantisme et véritable esprit allemand. Cette conception obsédait, paraît-il,  l’esprit de Guillaume II, (dit l’ami de Luther) qui a voulu l’exporter afin de contrer l’erroné christianisme latin. Guillaume II en était anachroniquement resté au paradigme de « la royauté de droit divin » ; il l’a maintes fois exprimé, comme  par exemple, à Coblence,  en 1897 : « Mon grand-père était l’instrument du Seigneur, et il le savait. Pour nous tous, pour nous princes, en particulier, il a mis dans tout son éclat, il a entouré d’une magnificence plus radieuse, un bijou que nous devons conserver pieusement : la royauté de droit divin, la royauté avec ses lourds devoirs, ses travaux et ses peines qui n’ont ni fin ni trêve, sa terrible responsabilité devant le Créateur, dont  ne peut le dégager aucun homme, ni ministre, ni Diète, ni peuple. »

         Cette conception religieuse, associée aux grands succès économiques et  culturels et à une puissante armée a conduit au Pangermanisme de l’avant 14 qui souhaitait la guerre censée faire un tri sélectif, un tri darwinien de sélection des plus aptes et d’élimination des plus faibles. La Kölnische Zeitung écrit : « le siècle qui meurt a vu une Europe allemande ; le siècle qui s’ouvre verra un monde allemand. »

         La hiérarchie française s’est beaucoup crispée devant l’arrogance germanique et quand vint le conflit, le jugement de Mgr Alfred Baudrillart ne fut pas tendre :

" Eh bien! regardez : voyez ce que fait l'Allemagne et voyez ce que fait la France.

Voyez si, par la doctrine de ses intellectuels, par sa façon de conduire la guerre, par les actes de ses chefs et de ses soldats, l'Allemagne ne se manifeste pas, en dépit des déclarations religieuses de son souverain, comme l'adversaire théorique et pratique du catholicisme, souvent même de tout christianisme."

 

Le chanoine B. Gaudeau rappelle longuement "les lois chrétiennes de la guerre". Il s'agit de la doctrine millénaire de la guerre juste. Une guerre juste ne peut être que défensive et  fondée sur les principes vertueux de justice, de bonne foi et de miséricorde. Elle doit être juste non seulement dans sa cause  "mais aussi dans l'intention secrète de ceux qui la font" . Elle doit être juste aussi dans son mode: respect des non combattants, des blessés, des prisonniers…qui doivent être traités avec miséricorde.

Dans tout cela Dieu n'est pas neutre:  " quand la guerre est déchaînée  par les ennemis de l'amour de Dieu, c'est encore l'amour de Dieu qui allume au cœur de ceux pour lesquels alors la guerre devient un devoir, les vertus guerrières, vengeresses de la justice et créatrices de la paix dans la victoire."

         Le chanoine s'attèle ensuite à démontrer que les doctrines et actes allemands violent les lois chrétiennes de la guerre.  Est tout particulièrement pointée la question de la violation de la neutralité de la Belgique ; il est rappelé que par un traité de 1839 et sous la foi du serment, le roi de Prusse s'était engagé à respecter la neutralité de ce pays et il rapporte un propos de La Croix du 29 janvier 1915: "Si le cas de la guerre injuste ne s'applique pas ici, il ne s'appliquera jamais. Au regard de la simple honnêteté, à plus forte raison au regard de la morale catholique, les sujets de Guillaume II n'ont pas le droit de coopérer à la guerre du Kaiser en Belgique." 

Est dénoncée la conception allemande à l’œuvre dans ses agissements :

"Religieusement depuis Luther, rationnellement et philosophiquement depuis Kant et Hegel, nationalement depuis Fichte, militairement depuis Bismarck (et tous les termes de cette progression se tiennent par la plus implacable logique), le moi allemand ne reconnaît au-dessus de lui dans le monde aucune règle objective et absolue, ni religieuse, ni morale, ni juridique. Cela est vrai à la lettre, et cela introduit dans le monde la notion d'un "droit de guerre" absolument nouveau, et dont nous subissons les conséquences monstrueuses."

         L’épiscopat français était en phase avec le discours du cardinal Amette prononcé en Notre Dame de Paris :

          "Mes frères, camarades des armées françaises et de leurs glorieux alliés, le Dieu tout puissant est de votre côté ! Dieu nous a aidés d'ailleurs dans notre gloire passée. Il nous aidera de nouveau à l'heure de notre détresse. Dieu est auprès de nos braves soldats dans les batailles. Il affermit leurs bras et les fortifie contre l'ennemi. Dieu protège les siens, Dieu nous donnera la victoire."

Du côté allemand,  le discours fut exactement inverse ! :

"Peuple bien-aimé de notre patrie, Dieu est avec nous dans ce combat pour la justice où nous avons été entraînés malgré nous. Nous vous ordonnons donc, au nom de Dieu, de vous battre jusqu'à la dernière goutte de votre sang pour l'honneur et la gloire de votre pays. Dieu sait, dans sa sagesse et sa justice, que le droit est de notre côté, et il nous donnera la victoire..." (Déclaration commune des archevêques de Cologne, Munich et Essen)

 

Plus qu’aucune autre, la Grande Guerre montre l’inanité de la théorie catholique de la guerre juste tant il est vrai que la patrie d’un vrai chrétien déborde les Etats, et qu’elle est en fait, le monde, ce monde, en attendant l'autre !  Au nom de cette théorie censée être juste, on assista à une « boucherie » confraternelle tout à fait aux antipodes de la charité évangélique. A ce sujet, je cite un témoignage d’un catholique soldat, qui fait froid dans le dos. (annexe 1 – Charité catholique).

 

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Des clergés locaux, passons maintenant à la papauté. Cette instance supérieure non seulement religieuse mais aussi politique prend des positions qui transcendent les clergés nationaux  car,  visant le long terme, elles sont d’ordre stratégique, la finalité étant d’assurer la meilleure survie de l’institution.

         L’interprétation théologique du conflit de 14-18 est magnifiquement exprimé par le pape du moment, Benoît XV, dans son discours au consistoire du 22 janvier 1915, où il s’exprime ainsi : « Il est, par conséquent, nécessaire, comme Nous l’avons déjà prescrit, d'adresser  d'instantes et humbles prières au Seigneur, qui est le maître et l'arbitre souverain des événements humains et qui peut seul, par les voies qui lui plairont davantage, diriger les volontés humaines. Nous ne croyons pas que la paix ait quitté le monde sans l'assentiment divin. Dieu permet que les nations qui avaient placé toutes leurs pensées dans les choses de cette terre se punissent les unes les autres, par des carnages mutuels, du mépris et de la négligence avec lesquels elles l'ont traité ; d'autres événements viennent encore s'y ajouter pour contraindre les hommes à s'humilier sous la puissante main de Dieu. (I Petr,V: 6.)

          Ainsi donc la providence divine mène le bal et les « carnages naturels » sont le prix à payer pour le péché des hommes !

Sans doute y avait-il, entre autres, dans l’esprit de Benoît XV, en ce qui concerne la France, le « mépris » de cette nation qui avait osé, en 1905, séparer l’Eglise de l’Etat ! Ce qui avait d’ailleurs conduit à la rupture des échanges diplomatiques entre la France et le Vatican.

Cela dit, quelle fut la stratégie politique du Vatican lors de la Grande Guerre ?

Sous Léon XIII la Curie avait pris parti pour la duplice, alliance conclue dès 1879, entre l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne. (4). Les intérêts autrichiens et vaticans coïncidaient quant à la question de la Serbie, à majorité orthodoxe, qu’il fallait amoindrir.

 Dès son élection en 1903, le nouveau pape Pie X, rencontre l’ambassadeur d’Autriche, le comte Szeczen, pour fixer la politique anti-slave, c'est-à-dire anti-orthodoxe.

L’historienne Annie Lacroix-Riz écrit que le congrès eucharistique de 1912 «  symbolise la quasi fusion entre la dynastie des Habsbourg et le St Siège ». (5)

Lors de la visite du Kaiser à Bruxelles en 1910, la presse belge  inféodée à Rome vanta la bonne entente avec l’Allemagne et en souligna les bienfaits pour les intérêts tant politiques qu’économiques de la Belgique. La stratégie vaticane  fut de tenir à distance la France tombée sous la coupe des francs-maçons.

Au début des hostilités et malgré les indignations du cardinal Mercier, archevêque de Mâlines, et de celles du nonce Mgr Tacci, aucune protestation du pape face à la violation de la neutralité belge et aux terribles exactions qui suivirent ! Comme on parle du silence de Pie XII, il faudrait parler du silence de Benoît XV devant le drame belge ! ce silence témoigne de la manifeste germanophilie de Benoît XV. Le Vatican chercha même à atténuer les responsabilités allemandes, d’abord par la voix de Benoît XV puis par celle de son secrétaire d’ Etat Gasparri qui déclara au ministre belge auprès du Saint Siège : « L’Allemagne a publié des documents de L’état-major belge, par où elle prétendait  démontrer qu’antérieurement à la guerre, la Belgique avait manqué aux devoirs de la neutralité, laquelle par conséquent n’existait plus au moment de l’invasion.» Il y a, nous dit A. Lacroix-Riz, un  « gigantesque dossier du mutisme pontifical de guerre ».  Rome fit pression pour que la Belgique abandonne l’Entente, et milita pour une paix séparée avec l’Allemagne.

 

Nous ne poursuivrons pas davantage l’étude des méandres de la politique vaticane par rapport à l’Italie, la Pologne, la Serbie… Ce que nous avons dit  suffit pour montrer que le cœur de la papauté battait du côté de la Duplice. Le Vatican a en effet toujours œuvré dans le sens des empires centraux et quand l’avenir devint incertain (problème de la possible entrée en guerre des Etats-Unis) (6), les manoeuvres du Vatican, parallèles à celles de Berlin, prônèrent le  maintien de leur neutralité. La papauté déploya de gros efforts pour proposer un plan de paix (1er Août 1917) dont Pacelli, futur Pie XII, fut la cheville ouvrière. Dès son arrivée à Münich il avait tenu un discours indiquant sa volonté d’œuvrer pour la paix et la « reconstruction (de) la société humaine sur le fondement solide de la justice chrétienne » précisant bien « qu’une paix juste et durable ne peut s’appuyer que sur les fondements solides du droit chrétien ». Pacelli était en sympathie avec les vues de Berlin : il rencontra le chancelier Bethmann-Hollweg et Guillaume II à Berlin du 26 au 29 juin 1917,  convaincu que les empires centraux sortiraient victorieux du conflit ;  il en persuada aussi la secrétairerie d’Etat. Bien que cette lettre « aux chefs des peuples belligérants » se voulait d’une « parfaite impartialité », « sans distinction de nationalité ou de religion » et « sans aucune visée  politique particulière », elle était en fait, selon l’analyse des historiens d’après les archives allemandes et françaises, tout le contraire, et à l’avantage des empires centraux et des intérêts religieux vaticans ; la Serbie n’était même pas nommée ! (7)

                                                                           Bruno ALEXANDRE

 

 

NOTES:

 

(1)   Vu et approuvé par l'évêque de Limoges.

(2)   Allusion à l'apparition à l'empereur romain Constantin, avant la bataille de Milvius, d'une croix dans le ciel, avec la mention: tu vaincras par ce signe. Ce fait est d'ailleurs considéré par S. COUBE comme un miracle absolu.

(3)   publié sous la direction Mgr Alfred Baudrillard alors recteur de l'Institut Catholique de Paris, Bloud et Gay, 1916.

(4)   La duplice devint triplice en 1882 par adjonction de l’Italie

(5)   A. LACROIS-RIZ, Le Vatican , l’Europe  et le Reich de la première guerre mondiale à la guerre froide, Armand Colin, 1996.

(6)    Elle fut effective en Avril 1917.

(7)    La présentation des choses a été faite différemment par les écrivains catholiques. Voir par exemple l’ouvrage de A. Tornielli : Pie XII -  Biographie, Ed. Tempora-Jubilé, 2009, p. 104 et sv.

        Annie Lacroix-Riz conserve ses mêmes conclusions dans  la nouvelle édition refondue de 2010 de son ouvrage (cf note 5).

 

ANNEXES

 

 

  1. Charité catholique :

 

            Voici un témoignage rapporté par le Cl Baudrillart pou illustrer le chapitre intitulé :

"De la profondeur du mouvement religieux qui s'est manifesté dans l'armée française et comment les oeuvres catholiques de jeunesse l'ont préparé."

             Est rapporté le récit d'un jeune soldat issu du patronage parisien du "Bon Conseil":

 

            "...J'ai surpris une patrouille de uhlans composée d'un officier et de deux hommes. Ils avaient mis pied à terre et, à la lueur d'une lampe électrique, examinaient une carte. Avant même que j'aie eu donné l'ordre, la charge était poussée, et criblés de coups de baïonnettes par mes hommes et moi-même, les Allemands gisaient inanimés sur le sol. La lampe électrique était tombée dans l'herbe et, maintenue au courant, continuait à éclairer.

            Les deux soldats étaient morts, mais le troisième, un lieutenant de chasseurs, vivait encore et, m'étant approché de lui, voici ce que je vis et que je me rappellerai toujours.

D'une magnifique beauté masculine, le visage blanc comme du marbre, il était étendu sur le dos: de sa poitrine percée en trois endroits et teintant de rouge son uniforme gris-clair, le sang formait une large mare autour de lui. Il balbutiait quelques paroles dont je ne pus saisir le sens, mais que peu à peu je parvins à comprendre. Le malheureux, des dernières forces qui lui restaient s'efforçait de dire: "polack cattolic, polack cattolic". Il voulait exprimer qu'il était polonais catholique.

            En même temps il essayait de retirer de sa poche un chapelet, un petit calepin qui, je m'en assurai plus tard, contenait une image de la Sainte Vierge et de l'Enfant Jésus.

Devant le regard de ce mourant, devant ses paroles et les objets qu'il tenait en mains, toute fureur de haine disparut en moi.

            Ayant placé mes hommes à leur poste, je revins près de lui et, lui prenant les mains,  je lui fis comprendre que j'étais moi-même catholique, et que mon plus grand désir était de lui adoucir ses derniers moments. Il parut me comprendre et d'une de ses mains éleva son chapelet.. Je compris son désir et je récitai  avec lui une dizaine à laquelle il répondait faiblement en allemand.

            Après quoi, il porta le chapelet à ses lèvres et l'embrassa plusieurs fois, puis me le tendit. Je l'embrassai à mon tour et cela parut le rendre heureux. Il fallut que je rejoigne mes hommes, je lui mis dans les mains son chapelet et son image et je le quittai, non sans être profondément ému par le regard de sa reconnaissance qu'exprimaient ses yeux mourants.

            Quand au matin je repassai à cet endroit, en rejoignant les tranchées, il était mort et avait gardé la même position. [...] Il y avait quelques minutes que je venais de lire le Bulletin du patronage lorsque cela est arrivé et le souvenir du Bon-Conseil est sûrement pour beaucoup dans la pitié que j'ai eue de cet Allemand." (p. 201-202)

            Quelle authentique pitié chrétienne, apprise au "Bon Conseil" que celle qui valut à ce pauvre soldat, par chapelet interposé, le baiser de la mort! Ce témoignage invalide à lui seul la théorie catholique de la guerre juste !

 

  1. Dieu allumeur des vertus guerrières :

 

Répétons la citation du Chanoine B. Gaudeau :

 

            "C'est donc l'amour de Dieu qui empêche, qui brise et détruit les guerres : Deus, qui conteris bella... Mais, quand la guerre est déchaînée par les ennemis de l'amour de Dieu, c'est encore l'amour de Dieu qui allume au coeur de ceux pour lesquels alors la guerre devient un devoir, les vertus guerrières, vengeresses de la justice et créatrices de la paix dans la victoire."    ( p.21)

 

  1. Le canon prédicateur :

 

            "Ah ! vous aviez raison de dire, dans votre sermon de l'autre jour, que le canon est un prédicateur qui convertit beaucoup d'indifférents. Il y a bien des sceptiques de garnison qui deviennent croyants au feu."  (Chanoine G. Ardant - p.158)

 

 

  1. La guerre agent de purification et de sanctification: 

 

            "N'est-il pas vrai, mes frères, que Dieu a l'art suprême de mêler la miséricorde et la sagesse à la justice, et ne devrez-vous pas reconnaître que, si la guerre est pour notre vie terrestre un fléau, dont nous mesurions difficilement la force de destruction et l'étendue, elle est aussi pour les âmes un agent de purification, un facteur d'expiation, un levier qui les aide à gravir les hauteurs du patriotisme et du désintéressement chrétien ?"  

(Cardinal Mercier  - p 233 )

 

  1.  La Providence rénovatrice de la France

Comme la Providence aime à se jouer des calculs humains ! Les hommes politiques ne se doutaient pas que, par la loi des curés sac au dos, ils allaient donner au ministère sacerdotal de nouveaux champs d'action et des moyens inédits d'atteindre les âmes. C'est pourtant ce qui est arrivé ; la vie religieuse que nous venons de constater dans l'armée française est une de nos plus fermes raisons d'espérer que Dieu nous donnera la victoire et ramènera la France entière à ses chrétiennes traditions."

( Chanoine  G. Ardant, -  p.190)

 

NB : Tous ces extraits sont tirés de La guerre allemande  et le catholicisme – cf  note 3

 

 

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