Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

CITATIONS  DE  DARWIN  QUI  CARACTERISENT  SA  RELIGION

 

1) Les instincts sociaux

 

(Les instincts sociaux) comme j'espère le montrer sont "probablement" le fondement de tout ce qu'il y a de plus beau dans les sentiments moraux des êtres animés.

(Notebook E 49 – 1838-1839)

 

Si importante qu'ait été, et soit encore, la lutte pour l'existence, cependant, en ce qui concerne la partie la plus élevée de la nature de l'homme, il y a d'autres facteurs plus importants. Car les qualités morales progressent, directement ou indirectement, beaucoup plus grâce aux effets de l'habitude, aux capacités de raisonnement, à l'instruction, à la religion, etc., que grâce à la Sélection Naturelle ; et ce bien que l'on puisse attribuer en toute assurance à ce dernier facteur les instincts sociaux, qui ont fourni la base du développement du sens moral.

(La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe - 1871 - chap XXI)

 

2) La pensée, une sécrétion du cerveau?

 

            Pourquoi le fait que la pensée soit une sécrétion du cerveau serait-il plus extraordinaire que le fait que la gravité soit une propriété de la matière? C'est notre arrogance, c'est notre admiration de nous-mêmes.

(Notebook C, 166)

 

           

 

 3) Evolution d'un nombre limité de formes par sélection graduelle

 

           Il y a une grandeur simple à considérer que la vie, avec ses capacités de croissance, d'assimilation et de reproduction, a été insufflé à l'origine dans la matière sous une seule forme ou quelques-unes, et que, pendant ce temps, notre planète a continué à tourner selon des lois fixes, et que la terre et l'eau, dans un cycle de changement, ont continué à se remplacer l'une l'autre, et qu'à partir d'une origine si simple, à travers le processus de sélection graduelle de changements infinitésimaux, les formes les plus belles et les plus admirables, indéfiniment ont évolué.

(Esquisse au crayon de ma théorie des espèces- 1842)

 

4) Lois générales

 

           Il est dans tous les cas plus conforme à ce que nous connaissons du gouvernement de cette terre que le Créateur ait imposé seulement des lois générales.

(Essai de 1844 )

 

5) Déclin de la conception de la création continue

 

…tout comme la géologie moderne a presque banni des conceptions telles que le creusement d'une grande vallée par unique vague diluvienne, de même la sélection naturelle bannira la croyance en la création continue de nouveaux êtres organiques, aussi bien que la croyance en une quelconque modification considérable et soudaine de leur structure.

(Origine des Espèces - 1859 - chap IV )

 

6)   Une force créatrice?

 

Pourquoi, demandera-t-on, la supposée force créatrice a-t-elle produit des chauves-souris et aucun autre mammifère sur les îles éloignées ? Si l'on se fonde sur ma conception il est aisé de répondre à cette question; en effet aucun mammifère terrestre ne peut être transporté par dessus une vaste étendue de mer, alors que les chauves souris peuvent la traverser en volant.

(Origine des Espèces - 1859 - chap XIII )

 

7) Les espèces des îles Galapagos

 

Pourquoi les espèces que l'on suppose crées dans l'Archipel des Galapagos et nulle part ailleurs, devraient-elle porter si clairement la marque de leur affinité avec celles qui ont qui ont été créées en Amérique? Rien dans les conditions de vie, dans la nature géologique de ces îles, dans leur altitude ou leur climat, ou bien dans les proportions selon lesquelles les diverses classes sont associées les unes aux autres, ne ressemble étroitement aux conditions des côtes d'Amérique du Sud ; de fait, il existe une considérable dissemblance à cet égard.

(Origine des Espèces - 1859 - chap IV )

 

8) Similarité du plan d'organisation des membres des vertébrés.

 

Rien n'est plus vain que de tenter d'expliquer cette similarité de conformation chez des représentants de la même classe par l'utilité ou par la doctrine des causes finales. La vanité de cette tentative a été admise expressément par Owen dans son très intéressant ouvrage sur la Nature des membres. En nous fondant sur la conception ordinaire d'une création indépendante de chaque être, nous pouvons seulement dire qu'il en est ainsi, qu'il a plu au Créateur de construire tous les animaux et toutes les plantes dans chaque grande classe selon un plan uniforme ; mais ce n'est pas une explication scientifique.

(Origine des Espèces - 1859 – chap XIV )

 

9) Les organes rudimentaires

 

En nous   fondant   sur   l'idée   de   la   descendance   avec   modification,   nous   pouvons conclure que l'existence d'organes dans un état rudimentaire, imparfait et inutile, ou tout à fait avorté, loin de présenter une difficulté bizarre, comme ils le font assurément si l'on se fonde sur la vieille doctrine de la création, aurait même pu être prévue en suivant les idées qui sont ici expliquées.

(Origine des Espèces - 1859 – chap X IV )

 

Pour comprendre l'existence des organes rudimentaires, nous n'avons rien de plus à faire qu'à supposer qu'un ancêtre éloigné a possédé les parties en question dans un état parfait, et que sous l'action d'un changement dans les habitudes de vie, celles-ci ont subi une considérable réduction, soit par un simple défaut d'usage, soit par la Sélection Naturelle des individus le moins encombrés d'une partie superflue, avec la coopération des autres moyens indiqués précédemment.

(La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe - 1871 – Chap I )                      

 

10) La sélection, pouvoir suprême

 

Et la longue accumulation de variations bénéfiques (à partir d'un ancêtre commun)* aura infailliblement conduit à des structures aussi diversifiées, aussi magnifiquement adaptées à divers objectifs et aussi excellemment coordonnées que nous les voyons chez les animaux et les plantes qui nous entourent. J'ai donc parlé de la sélection comme du pouvoir suprême, qu'il soit appliqué par l'homme à la formation des races domestiques ou par la nature à la production des espèces.

* ajout

(La variation des animaux et des plantes à l'état domestique - 1868 chap XXVIII)

 

11) L'esprit de l'homme et celui des animaux

 

Néanmoins la différence entre l'esprit de l'homme et celui des animaux supérieurs, aussi grande soit-elle, est certainement une différence de degré et non de nature. Nous avons vu que les sentiments et les intuitions, les diverses émotions et facultés, tels que l'amour, la mémoire, l'attention, la curiosité, l'imitation, la raison etc., dont l'homme se fait gloire, peuvent se trouver à l'état naissant, ou même parfois bien développé, chez les animaux inférieurs.

(La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe – 1871- Chap IV)

 

12) Pas de déchéance originelle

 

Croire que l'homme était civilisé à l'origine, et subit ensuite une complète dégradation dans tant de régions, c'est adopter une opinion piteusement basse de la nature humaine. C'est apparemment une opinion plus vraie et plus souriante que le progrès a été beaucoup plus général que la régression ; et que l'homme s'est élevé, bien qu'à pas lents et interrompus, à partir d'une humble condition jusqu'au plus haut niveau par lui jamais atteint dans la connaissance, la morale et la religion.

(La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe - 1871 - chap IV )

 

13)  Le Dieu de l'Ancien Testament

 

  

Mais j'en étais peu à peu venu ultérieurement à considérer que l'Ancien Testament n'est pas plus digne de confiance que les livres sacrés des Hindous, ou les croyances d'autres barbares, de par son histoire du monde manifestement fausse, avec la tour de Babel, l'arc-en-ciel comme signe, etc., et parce qu'il attribuait à Dieu les sentiments d'un tyran vindicatif. La question se posait donc constamment, et ne se laissait pas chasser de mon esprit : était-il croyable que Dieu, pour se révéler aux Hindous, puisse permettre que cette révélation soit autant liée aux croyances en Vichnou, Siva, etc., que le Christianisme est lié à l'Ancien Testament. Cela m'apparaissait tout à fait incroyable.

 (Autobiographie -1876) 

 

  14)   Perte de la croyance au christianisme comme révélation divine.

Après réflexion sur le caractère douteux des miracles et les contradictions entre les Evangiles, Darwin écrit:

 

C'est en me livrant à des réflexions telles que celles-là, que je ne donne point comme ayant la moindre nouveauté ou la moindre valeur, mais comme m'ayant influencé, que j'en suis venu graduellement à ne plus croire au Christianisme comme révélation divine. Le fait que beaucoup de fausses religions se soient propagées comme un feu grégeois sur de vastes portions de la terre était pour moi d'un certain poids. Si belle que soit la moralité du Nouveau Testament, on ne peut guère nier que sa perfection ne dépende en partie de l'interprétation que nous appliquons aujourd'hui sur des métaphores et des allégories.

(Autobiographie - 1876 )

 

15) La marche lente vers l'incrédulité

 

J'étais toutefois fort réticent à abandonner ma croyance ; j'en suis certain, car j'ai le net souvenir d'avoir inventé sans relâche des rêveries où de vieilles lettres de Romains distingués et des manuscrits découverts à Pompéi ou ailleurs venaient confirmer de la manière la plus frappante tout ce qui était inscrit dans les Evangiles. Mais je trouvais de plus en plus difficile, tout en donnant libre cours à mon imagination, d'inventer des témoignages qui pussent suffire à me convaincre. Cette incrédulité gagna sur moi à un rythme très lent, mais fut à la fin complète. Le rythme en fut si lent que je n'en éprouvai point de détresse, et il ne m'est point arrivé depuis de douter, ne serait-ce qu'une seule seconde, que ma conclusion ne fût correcte. Je ne puis, en vérité, imaginer comment quelqu'un pourrait souhaiter que le Christianisme fût vrai ; car si tel était le cas, le texte semble indiquer à la lettre que les hommes qui ne croient pas, et cela inclurait mon père, mon frère et presque tous mes meilleurs amis, subiront un châtiment éternel.

(Autobiographie - 1876 )

 

16) Y a-t-il un dessein préétabli?

 

Bien que je n'aie pas beaucoup réfléchi au sujet de l'existence d'un Dieu personnel jusqu'à une période de ma vie considérablement plus tardive, je donnerai ici les vagues conclusions auxquelles j'ai été conduit. Le vieil argument du dessein dans la nature, tel que l'avance Paley, qui autrefois me semblait si concluant, s'est effondré, à présent que la loi de Sélection Naturelle a été découverte. Nous ne pouvons plus désormais faire valoir que, par exemple, la superbe charnière d'un bivalve a dû être fabriquée par un être intelligent, comme la charnière d'une porte l'est par l'homme. Il semble qu'il n'y ait pas plus de dessein dans la variabilité d'un être organique et dans l'action de la Sélection naturelle qu'il n'y en a dans le sens où souffle le vent

(Autobiographie - 1876)

 

17) Le problème de la souffrance

 

Nul ne conteste qu'il y ait dans le monde beaucoup de souffrance. Certains ont tenté de l'expliquer, pour ce qui est de l'homme, en imaginant qu'elle sert à son perfectionnement moral. Mais le nombre des hommes dans le monde n'est presque rien si on le compare à celui de tous les êtres sentants, lesquels souvent souffrent démesurément sans le moindre perfectionnement moral. Un être aussi puissant et aussi plein de connaissance qu'un Dieu qui aurait créé l'univers est, pour nos esprits bornés, omnipotent et omniscient, et notre entendement se révolte à l'idée que sa bienveillance ne soit pas sans limite, car quel avantage peut-il y avoir dans les souffrances de millions d'animaux inférieurs au fil d'un temps presque infini ? Ce très vieil argument, tiré de l'existence de la souffrance, contre l'existence d'une première cause intelligente me semble fort ; en revanche, comme on vient de le remarquer, la présence de beaucoup de souffrance s'accorde bien avec l'idée que tous les êtres organiques se sont développés par variation et Sélection Naturelle.

(Autobiographie- 1876)

 

18) le sens du sublime

 

Autrefois, des sentiments tels que ceux que je viens de rapporter (bien que je ne pense pas que le sentiment religieux ait jamais été fort développé en moi) me conduisaient à la ferme conviction de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme. J'ai écrit dans mon Journal que lorsque l'on se trouve au cœur de la splendeur majestueuse de la forêt brésilienne, « il n'est pas possible de donner une idée adéquate des sentiments élevés d'émerveillement, d'admiration et de dévotion qui emplissent et exaltent l'esprit ». Je me rappelle parfaitement ma conviction qu'il y a dans l'homme plus que le simple souffle de son corps. Mais aujourd'hui les scènes les plus grandioses ne susciteraient plus dans mon esprit de telles convictions ni de tels sentiments. […] C'est pourquoi je ne puis comprendre que des convictions et sentiments intérieurs de cette sorte soient d'un poids quelconque pour témoigner de ce qui existe réellement. L'état d'esprit qu'autrefois excitaient en moi des scènes grandioses, et qui étaient intimement liées avec la croyance en Dieu, ne diffère pas essentiellement de ce que j'ai souvent nommé le sens du sublime ; et quelque difficulté que l'on ait à expliquer la genèse de ce sens, on ne peut guère l'avancer comme un argument en faveur de l'existence de Dieu, non plus que les sentiments semblables, puissants mais vagues, qu'excite la musique.

(Autobiographie 1876)

 

19) Du théisme à l'agnosticisme

 

Une autre source de conviction de l'existence de Dieu, liée à la raison et non aux sentiments, me donne l'impression d'avoir beaucoup plus de poids. Elle provient de la difficulté extrême, ou plutôt de l'impossibilité de concevoir cet univers immense et merveilleux, qui inclut l'homme et sa capacité de regarder loin en arrière et loin dans les choses futures, comme le résultat d'un hasard ou d'une nécessité aveugle. Lorsque je réfléchis de la sorte, je me sens poussé à regarder en direction d'une Première Cause ayant un esprit intelligent analogue à un certain degré à celui de l'homme ; et je mérite alors d'être qualifié de théiste.

Cette conclusion occupait fortement mon esprit vers l'époque — autant que je puisse m'en souvenir — où j'écrivais L'Origine des espèces, et c'est depuis ce temps qu'elle s'est, très graduellement et avec de nombreuses fluctuations, affaiblie. […] Je ne puis prétendre jeter la plus petite lumière sur des problèmes aussi abstrus. Le mystère du commencement de toutes choses est insoluble pour nous; et il me faut me contenter de rester un agnostique.

(Autobiographie 1876)

 

20) Rationalisme

 

Rien n'est plus remarquable que l'extension du scepticisme ou du rationalisme au cours de la seconde moitié de ma vie.

(Autobiographi e- 1876)

 

21) Agnostique plutôt qu'athée

 

Ce que peuvent être mes propres opinions est une question qui n'a d'importance pour personne excepté pour moi-même. Mais, puisque vous le demandez, je dirai que mon jugement fluctue souvent. ... Dans mes fluctuations les plus extrêmes, je n'ai jamais été un Athée dans le sens de celui qui nie l'existence d'un Dieu. Je pense que généralement (et de plus en plus à mesure que j'avance en âge), mais non pas toujours, la description la plus correcte de mon état d'esprit serait celle d'un Agnostique. (1879)

(La vie et la correspondance de Charles Darwin – 1887)

 

22) Non croyance en la révélation

 

Je suis très occupé, je suis un vieil homme en mauvaise santé, et je ne puis trouver le temps de répondre complètement à vos questions — et l'on ne peut d'ailleurs y répondre. La science n'a rien à faire avec le Christ, sauf dans la mesure où l'habitude de la recherche scientifique rend un homme prudent dans l'admission des preuves. Pour moi, je ne crois pas qu'il y ait jamais eu de révélation. Pour ce qui est de la vie future, chaque homme doit juger pour lui-même entre de vagues probabilités qui s'affrontent. " (1879)

(La vie et la correspondance de Charles Darwin )

 

23) Entrevue Darwin / Büchner /Aveling en 1881 - Athéisme ou agnosticisme?

 

II fut respectueusement expliqué que nous (Büchner et Aveling) étions Athées parce qu'il n'y avait aucune preuve d'une divinité, parce que l'invention d'un nom n'était pas une explication de phénomène, parce que tout ce que l'homme connaissait était d'ordre naturel, et que ce n'était que lorsque l'ignorance le rattrapait sur son chemin qu'il invoquait le surnaturel. On précisa que le grec a était privatif, et non pas négatif; que n'ayant pas commis la sottise de nier dieu, nous évitons avec un soin égal la folie de l'affirmer : qu'étant donné que dieu n'était pas prouvé, nous étions sans dieu et qu'en conséquence nous espérions en ce monde, et en ce monde seul. Comme nous parlions, il était évident, à voir changer la lueur de ses yeux, qui

rencontraient toujours si franchement les nôtres, qu'une nouvelle idée était en train de surgir dans son esprit. Il avait imaginé jusqu'alors que nous étions des négateurs de dieu, et il trouvait que l'ordre de pensée qui était le nôtre ne différait du sien en rien d'essentiel. En effet il se trouvait d'accord avec chaque point successif de notre argumentation ; il approuva l'une après l'autre toutes les déclarations qui avaient été faites, et dit à la fin: «Je suis avec vous en pensée, mais je préférerais le mot Agnostique au mot Athée »

Là-dessus, on suggéra qu'après tout "Agnostique" n'était rien d'autre que "Athée" formulé sur un mode respectable, et que "Athée" n'était rien de plus que "Agnostique" formulé sur un mode agressif.

(E. B. Aveling – Les opinions religieuses de Charles Darwin – 1883)

 

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Pour plus de précisions, consulter l'ouvrage exhaustif auquel je me suis référé:

TORT P., WILLEFERT S., Darwin et la religion, Ellipses, 2011

 

 

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