Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

POEMES SUR LE THEME DE DIEU ET DU MAL

 

Extrait de ROLLA

 

 

Regrettez-vous le temps où le ciel sur la terre

Marchait et respirait dans un peuple de dieux ;

Où Vénus Astarté, fille de l’onde amère,

Secouait, vierge encor, les larmes de sa mère,

Et fécondait le monde  en tordant ses cheveux ?

Regrettez-vous le temps où les nymphes lascives

Ondoyaient au soleil parmi les fleurs des eaux

Et d’un éclat de rire agaçaient sur les rives

Les faunes indolents couchés dans les roseaux ;

Où les sources tremblaient des baisers de Narcisse ;

Où,  du nord au midi, sur la création

Hercule promenait l'éternelle justice,

Sous son manteau sanglant, taillé dans un lion;

Où les Sylvains moqueurs, dans l'écorce des chênes,

Avec les rameaux verts se balançaient au vent,

Et sifflaient dans l'écho la chanson du passant ;

Où tout était divin, jusqu'aux douleurs humaines ;

Où le monde adorait ce qu'il tue aujourd'hui ;

Où quatre mille dieux n'avaient pas un athée ;

Où  tout était heureux, excepté Prométhée,

Frère aîné de Satan, qui tomba comme lui ?

- Et quand tout fut changé, le ciel, la terre et l'homme,

Quand le berceau du monde en devint le cercueil ,

Quand l'ouragan du Nord  sur les débris de Rome

De sa sombre avalanche étendit le linceul, -

Regrettez-vous le temps où d'un siècle barbare

Naquit un siècle d'or, plus fertile et plus beau ;

Où le vieil univers fendit avec Lazare

De son front rajeuni la pierre du tombeau ?

Regrettez-vous le temps où nos vieilles romances

Ouvraient leurs ailes d'or vers leur monde enchanté

Où tous nos monuments et toutes nos croyances

Portaient le manteau blanc de leur virginité ;

Où, sous la main du Christ, tout venait de renaître ;

Où le palais du prince et la maison du prêtre,

Portant la même croix sur leur front radieux,

Sortaient de la montagne en regardant les cieux ;

Où Cologne et Strasbourg, Notre-Dame et Saint-Pierre,

S'agenouillant au loin dans leurs robes de pierre,

Sur l'orgue universel des peuples prosternés,

Entonnaient l'hosanna des siècles nouveau-nés ;

Le temps où se faisait tout ce qu’a dit l'histoire ;

Où sur les saints autels les crucifix d'ivoire

Ouvraient des bras sans tache et blancs comme le lait,

Où la Vie était jeune, où la Mort espérait ?

O Christ ! je ne suis pas de ceux  que la prière

Dans tes temples muets amène à pas tremblants ;

Je ne suis pas de ceux qui vont à ton Calvaire,

En se frappant le coeur, baiser tes pieds sanglants ;

Et je reste debout sous tes sacrés portiques,

Quand ton peuple fidèle, autour des noirs arceaux,

Se courbe en murmurant sous le vent des cantiques,

Comme au souffle du nord un peuple de roseaux.

Je ne crois pas, ô Christ ! à ta parole sainte :

Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux.

D'un siècle sans espoir naît un siècle sans crainte ;

Les comètes  du nôtre ont dépeuplé les cieux.

Maintenant le hasard  promène au sein des ombres

De leurs illusions les mondes réveillés ;

L'esprit des temps passés, errant sur leurs décombres,

Jette au gouffre éternel tes anges mutilés.

Les clous -du Golgotha te soutiennent à peine ;

Sous ton divin tombeau le sol s'est dérobé :

Ta gloire est morte, ô Christ ! et sur nos croix d'ébène

Ton cadavre céleste en poussière est tombé .

Eh bien ! qu'il soit permis d'en baiser la poussière

Au moins crédule enfant de ce siècle sans foi,

Et de pleurer, ô Christ, sur cette froide terre

Qui vivait de ta mort, et qui mourra sans toi !

 

                                                                          

 

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