Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

I

    1 

 

LE POEME

 

Transcendant le réel

Par des mots libérés

Insufflés par le feu de l'art

Le poème est supplique au Beau.

 

Il est une fleur

Sur le terreau de la vie éclose.

Il parle comme les fleurs,

En s'habillant de pétales,

Autour d'un cœur.

Il se pare de leurs couleurs,

S'embaume de leurs parfums.

 

Aux sourds il parle en musique,

Il écrit la parole des muets.

Il attend l'oreille qui le cueille,

Les lèvres qui le disent,

Le regard qui le lise.

 

Il est fait pour lancer des cris,

Atténués,

Envoyer des messages,

Codés.

 

Il est fait pour l'onction des joies,

La transmutation des peines,

Pour les obsèques des amours défaites,

L'hyménée des amours vibrantes.

 

Il est fait pour regretter, se griser, espérer,

Guérir de désespérer,

 

Il est fait pour tuer la guerre,

Pour que tous les hommes soient frères

Et que leurs enfants soient rois,

 

Il est fait pour des passés meurtris,

Des jours de grâce,

Des lendemains qui chanteraient.

 

Il est fait…………………..

 

Il est fait de tout de la vie,

Métamorphosé,

Transfiguré.

 

                                                                       Bruno ALEXANDRE

 

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I

     2

 

 

TAUROMACHIE

 

 

Cybèle, ils vont se laver les méninges dans le sang!

Dans la cacophonie grandissante de leurs fariboles,

Ils ne se doutent qu'ils rejouent l'antique taurobole.

Il leur faut leur baptême de sang!

 

Torero as-tu besoin de l'apaisement de Dieu

Genoux à terre devant la Madone de Pilar?

Aime-t-elle donc le sang

A écouter tes prières d'assistance?

 

L'amphithéâtre est tableau pointilliste.

Dans l'atmosphère plombée de chaleur

Stagne le suint des émotions sanglantes

Et s'amplifie le murmure des cruelles impatiences.

 

C'est la liesse alors que paraissent l'alquazil

Et le paseo des cuadrillas.

Puis, quand bondit dans le silence

Le taureau au corps tourbillonnant,

La fiesta rouge commence.

Les arénaires sont prêts pour leur morbide jouissance.

 

S'affaire toute l'armada de l'Inquisition

Avec ses chevaux et les outils de la question,

Piques, banderilles, épées.

L'orgasme des aficionados se prépare.

 

Ils seront au paradis quand viendra l'estocade,

Quand le puntillero aura donné le coup de grâce,

Quand, pour acclamer leur ange de la mort,

Les hourrahs feront vibrer l'air immobile

Dans la pâleur du temps moribond.

 

Valeureux taureau, le combat était inégal.

Ta race fière restera fille des contrées sauvages

Inondées de l'or d'Andalousie.

Ta fringance assassinée aura sa revanche.

Tu infligeras une leçon à l'espèce sanguinaire

Quand, dans quelques millénaires,

Viendra le temps de l'aube

Où sur le sable maculé

Enfin fleuriront des roses.

 

                                 Bruno ALEXANDRE

 

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 I

   3

 

CHRYSANTHEMES

 

 

Dans les ciels endeuillés de Novembre

Aux soleils sanguinolents des plaies dominées

Les vivants faisaient pleuvoir des peines

Sur ces granites au poli des regrets

Monolithes inondés de bouquets en fleurs.

 

Dans le cimetière multicolore,

Fécondées de leur invariable éternité

Erraient des pensées mortes

Parfumées des encens de l'automne.

 

Ames des feuilles mortes médiatrices

Elles inspiraient leurs sépulcres jaunis

De danser dans les vents de la mémoire

Les ballets de la nostalgie

Des temps complices de l'été.

 

Je vous vois refleurir

Dans les asters de vos nuits

Et la sève vivace

De mes bruyères rouges.

 

Amours défuntes

Aux extases glacées,

A jamais figées

Dans les noires cuirasses

De vos temples telluriques,

Sereines dans la bise

Sourdes aux désirs

Rebelles aux remords

De bronze à la douleur des tocsins,

 

Voici mes chrysanthèmes

Fleurs d’or, bouquets de chagrin,

Elles riment avec je vous aime.

 

               Bruno ALEXANDRE

 

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     I       

  4

 

BLANCHE

 

Elle hantait les franges du lac

 Aux eaux profondes opalescentes

Qu'un couple héraldique de cygnes

Faisait vibrer en scintillements

Dans la clarté vespérale déclinante.

 

Le rouge de ses lèvres

Etait oiseau à quatre ailes

Posé sur son visage kaolin

Blanc plus encore

Que sa chevelure pailletée de neiges.

 

Dans ses yeux de nacre et d’indulgence,

Astres de douceur où je me mirais,

Palpitaient des mondes.

Ma pâleur profonde

Rêvait de ses doigts argent

De ses ongles ivoire.

 

De blanc toute vêtue

Onctueuses draperies

Givrées de froid cristallin

Rayonnant de sa taille sensuelle,

Elle portait le sceau de l'immaculée.

Son pas effleurait le carrare.

Ses gestes ouatés rayonnaient le divin,

Ils s'élevaient vers l'espérance universelle.

 

Sur mon glacier aux micas azurés,

Livide dans mes pensées blêmes,

Je la vis soudain diaphane

Dans l'ombre du couchant.

 

C’était Blanche dans ma nuit,

Splendide ectoplasme lactescent,

Ma vierge inaccessible.

 

                      Bruno ALEXANDRE

 

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I   

5

 

DEESSE DES SABLES

 

 

Derrière les roseaux de la dune

Au sable pailleté de diamants

Ton corps est un temple ondoyant

Où tremble l'ombre des ramures

Au souffle salin du parfum des grèves.

 

Je veux me noyer dans tes prunelles.

Dans tes iris je vois une mer bleue

Où mon image devient alcyon,

Le ciel s'y mire sans nuages.

 

Dans tes pupilles clignotent des étoiles

Tels des phares pour les anges.

Dans les plis inachevés de tes lèvres

S'ébauche comme une promesse.

 

Le soleil ardent de ton regard

Vient de rallumer mes mornes cendres,

Que mes sueurs d'extase

Emportent mes pudeurs!

 

Je prie tes cheveux d'ambre

De m'inonder d' effluves enivrantes

Et qu'alors tendre la main j'ose

Pour caresser ta beauté déclose,

Immarcescible fleur,

Déesse des sables.

 

                  Bruno ALEXANDRE

 

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 I

     6

 

IL Y EUT UN SOIR

 

 

Il y eut un soir

Il y eut un matin,

Un autre soir,

Un autre matin.

…………………

 

Il y eut tant de printemps

Quelles furent leurs couleurs?

Il y eut tant de fleurs

Quelles furent leurs senteurs?

 

Il y eut d'éclatants étés

Hélios harassant.

J'ai pu renaître à ton ombre.

J'ai oublié sa fraîcheur.

 

Il y eut des automnes

Fleurs donnant fruits.

Je les ai si vite cueillis.

Je ne sais plus leurs saveurs.

 

Il y eut tant de soirs

Il y eut tant de matins

Que ce soir en chemin

A l'aube du crépuscule

Dans le lointain gris

Déjà s'annonce l'hallali.

 

Rêver que dure le temps!…

Pourquoi me semble-t-il si pressé?

Si tard vouloir prendre le temps!…

Si tard appeler l'herbe tendre

Dans la paille et le grain!

 

Vanité des vanités sous ce firmament,

Le bonheur c'était hier

Et je ne le savais pas!

 

                        Bruno ALEXANDRE

 

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     7

 

 

MANCHOTS DANS LE BLIZZARD

 

 

Le dernier poème,

Je l'écrirai demain…

Ce sera l'histoire de deux oiseaux

Albatros à l'envers

Dans la froidure de l'hiver

Du pays de l'austral,

Oiseaux aux ailes reliques

Empêchant mon cœur de voler.

 

Qu'importe, je n'ai besoin d'ailes

Je ne vise plus les cieux

Seulement le mer bleue

Pour nager la danse des flots

Autour des turquoises glacées.

 

Et même je pourrai aimer

D'amour simple et dément

Mon unique enfant et sa mère

Dans le blizzard amer

De ces latitudes au souffles indécents.

 

Si j'ai perdu mes ailes immenses

Sur le continent de la véhémence

C'est pour enfin mieux vivre

Dans cette cynique froidure

Mon amour d'enfer

Sublime et dernier

Au paradis des quintessences extrêmes.

 

                       Bruno ALEXANDRE

 

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