Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

 

II

   1

 

LA POESIE

 

 

La poésie est femme aux mille visages:

Cantate, pastourelle, complainte, élégie,

Héroïde, villanelle, madrigal, palinodie…

 

En florilèges de vers elle nous charme:

Sizain, huitain, dizain…

Son cœur bat en rimes:

Croisées, embrassées, batelées,

Homographes ou homophones…

Elle nous surprend par l'allitération ou l'assonance

Avec césure à l'hémistiche…

 

Assez pour les habits!

Assez pour l'art!

L'art habite les syllabes, les mots, les strophes…

La poésie ne saurait être amour en cage.

Eucharistie des sentiments,

Prière des incroyants,

La poésie éclot dans le cœur,

Elle y demeure.

 

Elle est cette éruption venue des magmas

Enchantés ou meurtris

De la vie qui se fige en aléas.

Les miroirs de l'âme

En argentent les résonances

Pour le seigneur comme pour le manant.

 

Née dans la solitude pour nous en prémunir

Ou dans le bonheur pour nous en parfumer,

Elle triomphe des labeurs de la technique,

S'élève au dessus des éclats de la prosodie.

 

Je sais qu'elle est là

Quand pâlit ma froide raison,

Quand chantent les mots de la philosophie,

Quand se fait nuage mon corps alourdi,

Quand mes yeux deviennent étoiles…

 

Quand les trois cœurs du temps ne font plus qu'un.

 

                                            Bruno ALEXANDRE

 

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II

   2

 

 

L'AILE  BRISEE  DE  LA  COLOMBE

 

 

 

L'aile brisée de la colombe

Incline mes paupières.

 

Je vous reproche

 La fleur au fusil

Pour un trou dans le cœur,

Vos dieux cléments assoiffés de sang,

Vos papes de l'obscur

Dans leurs baignoires d'or,

Courtisés de leurs sucrés caudataires.

 

Je vous reproche

 Les ossuaires des pères servants,

 L'âme orpheline

Des enfants décharnés

Au regard d'ailleurs,

Les peines pétrifiées

Dans les yeux des mères.

 

Je vous reproche

 Les brumes délétères de Mexico,

Le cimetière de Potosi,

Les taudis de Lima,

Les mendiants de Calcutta,

Les yeux des enfants de Bogota.

 

Je vous reproche

 Les nuages meurtris,

L'atmosphère violée,

La terre stérile,

La rivière empoisonnée,

Les larmes de l'océan

Aux bateaux ivres.

 

Je vous reproche

Le craquètement déchiré des cigognes,

Le grisolement gémissant des alouettes,

 Le deuil des coraux,

Le cri des baleines,

L'agonie des albatros.

 

Je vous reproche

Vos blancs pandemoniums

D'où votre argent suinte

Hors de la misère qui geint,

Vos records frelatés,

Vos molécules de silence,

Vos fleurs de papier,

Vos amours putrides,

Votre charité veinée de pétrole.

 

Je vous reproche

Votre cerveau muté,

Aux inspirations valétudinaires,

Vos discours glacés,

Vos idées diamant

Aux reflets indigents.

 

Je vous reproche

Votre courage aseptisé,

Vos vertus décadentes,

Vos lamentations feintes,

Vos confessions bénies,

Vos serments trahis,

Vos communions usurpées.

 

Je vous reproche

Vos yeux de métal

Votre cuirasse dans la poitrine,

Votre main gantée de fer,

Votre âme d'airain.

………………….

 

L'aile brisée de la colombe

Incline mes paupières.

Les désinvoltures du monde

Feront un jour crier les pierres.

 

                       Bruno  ALEXANDRE

 

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II

   3

 

 

TA  PROHM*

 

 

Ta Prohm, temple non exhumé d'Angkor

La jungle reine t'a pris dans ses bras

T'enlaçant de  racines en convulsion

Interminables serpents dragons,

Ciment de tes pierres disloquées

Tuteurs de tes piliers chancelants

Gardiennes de tes sculptures lèprées.

Rongées de lichens incrustants.

 

La canopée enserre ton atmosphère

Immobile de lumière léthifère.

Le végétal te pare t'orne et te ronge.

Le cosmos ne fait qu'un avec ton âme

Retenue par des entrelacs inquiétants

Anastomoses orgiaques

De pieuvres grises arborescentes

Aux tentacules de tous tes pores jaillissant.

 

Dans une mortelle étreinte

La pierre s'est donnée à la jungle

Et la jungle à la pierre éteinte

Par un hymne réciproque

Aux notes d'exubérance

Sous le rythme figé des apsaras

Et le sourire pétrifié des bouddhas.

 

Une symphonie de chants d'oiseaux

Et de criquets dans les mimosas

Accompagne le vol perdu des papillons

Alors que louvoie le serpent hanuman

Dans les anfractuosités de son paradis vert.

 

Quand commence la nuit sacrée

Et que montent les esprits du soir

Les chauves souris ouvrent le bal

Cherchant un trouée vers le ciel englouti

Un ciel comme prisonnier d'un filet d'étoiles

Brûlant l'âme de dieux agonisants.

 

                                         Bruno ALEXANDRE

 

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* Temple khmer d'Angkor du XII ème siècle  qui fut délibérément  laissé dans l'état où il  fut découvert.

 

II

   4

 

L'URNE

 

Quand  l'urne funèbre vous rapporterez,

Libre par tout le volatil

Mais encore prisonnier par le minéral

Mes pensées désintégrées  pleurerez.

 

Quand le seuil de mon jardin franchirez

Vos larmes vous devrez sécher.

Comme à l'oiseau libéré de sa cage

Mes ailes au vent donnerez.

 

La terre que j'ai retournée, ensemencerai,

L'air qui la pénètre, féconderai.

Quand bientôt le printemps viendra,

Coucou dans la primevère je vous ferai.

 

Lorsque l'été de chaleur vous écrasera,

A l'ombre de mes  arbres fruitiers

Les estivales senteurs humerez

Distillées par toutes mes sèves transformées.

 

Dans la pomme automnale que vous croquerez

Autour des pépins, de chaire fine jouirez.

C'est une partie de mon corps que vous mangerez.

 

Et puis lors de vos voyages heureux

Dans les interminables vignes du Bordelais

Ou les modestes coteaux de Bourgogne

Un peu de mon sang boirez.

 

Que belle sera ma vie dans l'ubiquité

De la lithosphère à l'atmosphère.

Je vous en offrirai mes bien aimés,

Tous les jours,

 

 L'eucharistie.

 

                                    Bruno ALEXANDRE

 

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II

  5

 

 

LE  TANGO

 

 

 

 

Allez danser avec les tangueros

Dans les terres infinies

Votre mal des pampas

Vos douleurs argentines.

 

Abandonnez-vous en duo

Aux accords biologiques

Aux déchirements du violon

Aux plaintes du bandonéon.

 

Rompez vos corps nerveusement

Comme solidaires magnétiquement,

Figez-les l’espace d’un instant

Et faites-les glisser dangereusement

Dans la fluidité frénétique

De courbes exquises

Jusqu’à la prochaine syncope.

 

Alors s’accomplira le miracle du tango.

Des corps synchronisés

Au cœur unique battant,

S’enfuiront les désordres de l’âme

Pour une métaphysique de l’art.

 

La plastique en mouvement

Légèreté de l’être

Dans l’harmonie charnelle !

Extase mystique

Des regards subjugués

Perdus dans l’unité intime

D’une transe esthétique !

 

La déroute des peines

Dansées en délices !

 

 

                      Bruno ALEXANDRE

 

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II

    6

 

 

VIENS

 

 

Viens

Je vis d'attendre.

 

Viens au Pays des fleurs immenses

Où mûrissent les papayers,

Où les roses sont de porcelaine,

Les oiseaux, fleurs de paradis,

Les lianes infinies, de jade.

 

Là s'ouvre le parasol flamboyant,

L'arbre de pluie retarde ses larmes,

Les hibiscus éphémères

S'ouvrent à l'immobilité des colibris,

Les poissons ont couleurs des fleurs de pierre,

Des ventres de la terre

Se cristallisent les fleurs de soufre,

L'âme des eaux monte au cœur des lotus,

Les rêves enlacent les lianes jusqu'au soleil,

Se marient sur les rivages

Le vert le bleu et l'émeraude.

 

Viens où Dieu laissa au milieu de l'océan

Tomber la maquette de son Eden.

Viens dans cette contrée en suspens

Où l'aube toujours mauve

Qui glisse sur les amours

Ne connaît l'enfance de la nuit.

L'arbre des voyageurs

Eventail géant

Battrait pour toi les alizés.

La mer verte

Ballotterait tes blanches mamelles.

La houle lisserait sur ta peau

Un onguent d'ambre.

Les plages aux reflets pudibonds

De leurs grains de sable pur

Souvenir du corail défait

T'offriraient un berceau

Sous l'ombre des résiniers.

 

Viens dans ce jardin ébauche

Où le création est en dormance,

Où les mangoustes ondulantes

Coupent la voix des serpents.

 

 

Viens dans ce jardin inachevé

En manque de péché,

Tu pourrais goûter de l'arbre

Aux fruits de la passion.

 

Viens au parfait de l'épure

Dans le pays qui te ressemble

Où vibrent les pensées pures

Dans les parfums qui tremblent

Et les musiques gestantes

Au creux des strombes.

 

Viens

Je vis de t'attendre.

 

                          Bruno ALEXANDRE

 

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