Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

IV

     1  

 

ELLE

 

 

Elle est toute en chacun

Plus vie que la vie elle-même.

Elle prolonge le vécu

Dans l'aventure vers l'absolu.

Elle est comme le pain

Et doit être partagée entre tous.

Elle est le chant de l'intimité.

Elle est une harpe intérieure,

Un trésor, une perle de la pensée,

la parole du cœur.

Elle est un fleuve majestueux et fertile,

Un jardin sans fruit défendu.

Elle ouvre les portes de la mer.

Elle est plus que la philosophie,

La raison chantée.

Elle est une peinture que l'on entend.

Elle est la musique de l'âme

Qui adoucit le cœur du guerrier.

Elle donne de la durée aux peuples éphémères.

Elle nous enlève à notre solitude

En se logeant dans les pauses et les silences.

Elle est la vérité qui emprunte sa flamme au cœur.

Elle est un feu consumant.

Elle est un holocauste de mots,

Des mots qui se brûlent en sacrifice.

Elle produit des fruits de lumière.

 

Arme chargée d'un avenir en expansion,

Passerelle au dessus des gouffres obscurs,

Elle réconcilie la vie et la mort

Dans une religion sans espoir.

Elevant l'horreur jusqu'à le transfiguration,

Elle se nourrit de la nostalgie du futur:

 

LA POESIE.*

 

                                     Bruno ALEXANDRE

 

                                       * Hommage lui est rendu  d'après quelques définitions

                                             de poètes du monde entier

 

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IV

    2

 

RENDEZ - VOUS

 

 

A celle qui me fait signe

Par une fenêtre du ciel

Où Dieu de ses yeux bleus

Suit le conciliabule des anges

Sur son belvédère galactique,

Je réponds sur le ton de Molière:

"Vous êtes l'ange de mon bonheur!"

 

Comment pourrais-je, ange déchu,

Arpentant le gris de la terre battue

Sous le plomb des brouillards brisés,

Rejoindre votre rendez-vous osé

A la porte du paradis?

 

Je n'ai plus d'ailes,

Mes brodequins patinés

Divorcent de mes pieds,

Ils n'aspirent plus qu'à descendre les pentes

Jusqu'à ces vals que les djinns hantent.

Là des sources apaisantes

Me promettent avec éclat

Une paisible croisière vers les deltas.

Je ne veux me faire que bateau frêle

Epousant la paresse des eaux nouvelles.

Je veux écouter les voix chatoyantes

De leurs cascades babillantes

Aux rires de bruine.

 

Elles prophétisent l'apothéose marine

Et la dilution délectable

Dans l' infini linceul d'argent

Du ciel des sédiments.

 

                                     Bruno ALEXANDRE

 

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IV

   3

 

KRAOU-OU

 

 

Kraou-ou, kraou-ou, kraou-ou,

Dans la toundra c'est la chouette à bout!

La chouette Harfang dans son burnous

Qui sonne le tocsin des fous,

Kraou-ou, kraou-ou, kraou-ou.

 

 

Le manteau blanc troué de la terre

Cède le passage aux rayons mortifères.

N'entends-tu pas le cri des glaciers?

La banquise tangue le cœur fêlé

Elle donne trop de larmes à l'océan,

Ses pleurs mouillent les îles

Révisent les côtes.

Ici, la Mer de glace n'a que reflux,

Là-bas, le Sahel meurt de soleil.

 

Homme qui pille les entrailles de la terre

Pour le deuil de l'atmosphère,

Oublieux des sagesses antiques,

N'ignore pas le désarroi des lièvres arctiques,

La faim des baleines franches.

Ecoute la prière des ours blancs

Qui vieillissent avec moins d'enfants.

Ecoute la plainte des renards bleus

Qui n'ont plus le temps d'être heureux,

Glapissant dans leurs neiges mouillées.

 

Homme sec, tu as perdu pied.

Regarde dans ton miroir glacé,

Dans le bleu de tes yeux écarquillés,

Les débris de ton destin, éparpillés!

 

                                 Bruno ALEXANDRE

 

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IV

     4

 L' INCOMPLETUDE

 

Tu pars, Amour blessé?

Alors je t'ai mal aimée.

Pour ton bonheur

Je retiens mes larmes

Qui perlent dans mon cœur.

Haïr serait gommer l'amour.

 

Nous aurons encore des rendez-vous

Dans le secret des nuits

Malgré les extases du jour.

Peut-être que sans nous

Le soleil dardera moins de rayons

Et que plus sombres grandiront les ombres.

 

S'égaieront nos pensées secrètes:

Je vois déjà dans mes rêves

Une belle libellule,

Un agrion demoiselle

Caressant tes cheveux,

Et je suis dans ses antennes!

Tu rêveras de ce papillon,

Superbe paon du jour

Butinant la fleur que je cueille,

Et tu seras dans les yeux de ses ailes!

Je laisse sourdre sur le papier

Ce que mes lèvres ont retenu.

Des ondes, secrètes complices,

T'apporteront un jour ma douce prière:

Tu pars Amour blessé?

Alors je meurs à demi.

Je t'en prie

Meurs avec moi ,

A demi aussi.

Alors par nous deux

Il restera une vie,

La vie suspendue

Des jours heureux.

 

Il nous en souviendra

Dans le déclin du temps.

Devant les soleils rouges du soir

Et les rancoeurs évanouies,

S'étonneront nos âmes en lassitude

De l'étrange fertilité de l'incomplétude.

 

                     Bruno ALEXANDRE

                              

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 IV

     5

 

JE T' ATTENDS

(Petite Ballade)

 

 

Dans l'aurore j'ai fait un rêve,

Tout mon être brûlait d'espoir:

Dans le trouble de ma nuit brève

Lugubre comme un vieux mouroir,

Une forme dans un miroir

Aussi belle que l'ancolie

M'apparut dans un blanc peignoir…

Je t'attends sylphide jolie.

 

Victoire mon hiver s'achève!

Dieu bon sur mon âme a fait choir

Une réplique de son Eve

Pour à ma souffrance surseoir,

Je le prierai chaque soir

De comprendre mon homélie,

Mon cœur est maintenant brûloir,

Je t'attends sylphide jolie.

 

Dans mon jardin le jour se lève,

Flamboyant est mon promenoir,

Via de la rosa s'élève,

Via dolorosa, bonsoir!

Ma Belle comme un ostensoir

Brille dans mon cœur en folie!

Bientôt sujet de ton pouvoir,

Je t'attends sylphide jolie.

 

Pour enfin avec toi m'asseoir

En une divine embellie,

Je t'ai préparé un boudoir,

Je t'attends sylphide jolie.

 

               Bruno ALEXANDRE

 

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