Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

 

 

V

    1

JE VOUS L'ANNONCE

 

Je vous l'annonce dans ce vent d'ouragan

Je vous l'annonce en ce temps d'hiver

Je vous l'annonce du haut d'un volcan

Au ventre déjà entre-ouvert :

 

Pour les trains esclaves de leurs voies

Pour les voiliers dans l'air immobile

Pour les ruisseaux cherchant leurs sources

Pour les pavés meurtris de la place des rêves

Pour la peine des croix et des cyprès

Pour les rivages endeuillés des îles

Pour la fleur étrangère des ronciers

Pour l'ours blanc sans banquise

Pour les archets orphelins de leurs cordes

Pour toute pureté trop tôt ternie

Pour les livres aux pages maculées

Pour le creuset des espérances dissoutes

Pour les cris prisonniers des murmures

Pour les sourires en suspens

Pour les yeux où la flamme se meurt

Pour les blessures de vos regards

Pour les pensées sans boussole

Pour les cœurs battant en lisière

Pour les âmes flottant sans racine

Pour les souffles condamnés au sursis

Pour les suicidaires retenus par leur ombre

Pour les enfants vieillis des impudeurs du monde,

 

La poésie témoigne

La poésie apaise

La poésie libère

La poésie sauve

La poésie métamorphose.

 

                                           Bruno ALEXANDRE

 

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V

     2

 

UNE FEMME*

 

Une femme s’est levée

à l’aube de la République,

vous souvenez-vous de son nom ?

 

Alors que le sujet devenait citoyen,

elle osa apostropher son frère l’homme

qui venait de déclarer ses droits :

« qui t’a donné le souverain empire

d’opprimer mon sexe ? »

Mon frère, regarde la nature

et vois combien, les sexes, elle les unit

pour son administration de l’universel !

Je te le dis, despote comme un roi,

« la femme naît libre

et demeure égale en droit à l’homme! »

elle est admissible à toutes les dignités !

Le seul critère réside dans le talent et la vertu !

Que la loi soit la même pour les sexes !

Tu me reconnais le droit de monter sur l’échafaud

et tu me refuserais celui de monter à la Tribune !

 

« Homme es-tu capable d’être juste ? »

Alors donne aux citoyennes les droits des citoyens!

Femmes, faites sonner fort le « tocsin de la raison ! »

L’esclave devenu libre par l’histoire

serait-il promu maître de sa compagne ?

S’ils vous demandent, l’air supérieur :

« Qu’y a-t-il de commun entre vous et nous? »

Vous leur répondrez : tout, citoyens!

« Réunissez-vous sous les étendards de la philosophie! »

Que s’accomplisse la promesse des raisins nouveaux !

Portez encore plus haut le flambeau des Lumières !

 

Une femme s’est levée

à l’aube de la République,

elle s’appelait Olympe de Gouges.

 

                                                 Bruno ALEXANDRE

 

* (Texte inspiré de la « Déclaration des droits de la femme

et de la citoyenne » d’Olympe de Gouges.

Née en 1748, elle mourut sur l’échafaud en 1793 )

 

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V

     3

 

QUESTIONNEMENT

 

 

De ce brin de monde

Qu'une vie a cueilli,

Qu'en retiendra le ciel?

 

Toutes ces pensées douces écrites

Au gré des vents violents,

Qu'en feront les grains de sable?

 

De toutes ces guerres justes

Pour des futurs de paix,

Qu'en penseront les squelettes?

 

Toutes ces douleurs enfouies

Pour des enfants sereins,

Quelle rédemption les rachètera?

 

De ces couleurs hurlantes

Dans le cri de Munch,

Jésus, vous en inquièterez-vous?

 

Tous ces appels de poète,

Muses du mont Parnasse

Les exaucerez-vous?

 

De cette terre imbibée de larmes

Où poussent des barbelés,

Soleil, en ferez-vous un champ de fleurs?

 

Tous ces mornes sédiments

Tellus, déesse de la terre ,

Les plisserez-vous en montagnes?

 

De ces cendres aimantes

Evadées de la prison des cimetières,

Marguerites d'automne

Vous en souviendrez-vous?

 

                             Bruno ALEXANDRE

 

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V

     4

 

L'ABSENCE

 

Son amant est loin,

Elle s'en trouve proche.

Son absence la hante,

Elle la trouve délicieuse.

Le bonheur dans l'attente

Est comme marié à la torture!

Naufragée dans le gris du jour

Mais dans ses veines, le feu qui roule!

 

Pour être seule à l'entendre

Le pinson chantant lui paraît mélancolique

Comme est fade le vert des prés.

Dans les rires du divertissement

Elle s'ennuie à mourir,

Son obsession seule la ravit.

 

L'éclair d'un instant

Elle vit dans ses nuits

Des rêves de folie,

Corps enlacés

Âmes à l'unisson.

Au meilleur de l'amour

Le cauchemar la terrasse,

Surgissent des lutins jaloux

Des bêtes immondes…

Le réveil la soulage, avant la peine,

Un jour encore sans son amant,

Un jour à paraître pour être,

A rire par obligation

Tout en pleurant de l'âme.

 

Quand donc reviendra-t-il?

Elle se sent tellement petite

Dans cette nature grandiloquente,

Dans cette nature muette

Dont la beauté l'écrase,

Et l'indifférence lui pèse.

 

Qui gouverne le souffle de l'immensité?

Est-ce Dieu si attentif au Tout,

Si absent au particulier?

Qu'a-t-il donc prévu comme consolation

Sinon la mort qui efface?

Etrange condition humaine!

 

Il est loin, elle est là, elle pense.

Elle pense la durée.

Penser les heures? oh mal vivre!

L'insouciance oublie la pensée.

Si l'amant revenait

Viendrait aussi l'amnésie heureuse,

Le présent continué,

La suspension du temps!

 

Rien de tout cela!

Alors elle se lasse;

Elle cuirassera son cœur

De métal stoïque,

Son esprit

D'une brume froide,

Son corps

D'une bure ecclésiale.

 

Déguisée, elle peut le quitter

Dans une étreinte ardente,

Sanctifiée de baisers charnels,

La distance des lèvres aimantes

Abolie par l'amour!

 

                     Bruno ALEXANDRE

 

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V

     5

 

MA ROSE

 

Je vous cueille ma rose

La plus belle de mes roses

Cultivée dans mon jardin rose.

C'est la plus originale des roses!

 

Ses pétales sont bicolores

Ourlés de lèvres incarnates,

Blancs vers l'extérieur,

Rouges vers le cœur.

Et vue d'en haut

Alors bien éclose

Mon étrange rose

Rayonne des spirales folles

A me tourner la tête

Quand mon regard l'arrose.

 

Beauté déclose

Déjà je voudrais que mon émoi repose

Dans le dédale de vos dentelles,

Jusqu'à leur nectar

Pour des futurs de miel.

Je voudrais que mon ardeur ose

Interroger votre centre,

Quel secret y repose?

 

Toi seule le sais,

Moi seul l'espère

En mon cœur soliflore:

 

Ton amour

Ma Mie

Ma Rose!

 

                         Bruno ALEXANDRE

 

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