Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

 

VI

       1

 

LASCAUX

 

L'humanité ici explose

Et meurt Adam!

Emouvante densité!

La pierre comme vivante!

Première "Chapelle Sixtine"

De Raphaël magdaléniens?

O Cro-magnon mes frères!

Que de pensées caressent les parois!

Peintes ou gravées, des pensées fossiles!

Quelle impudeur osera les dévoiler?

 

Le cheval, déjà conquis,

Le bison, l'auroch, l'ours,

La vache, le cerf, le bouquetin…

La première faune du cœur

Gravée et peinte pour les futurs!

Une incantation à la nature souveraine?

Un envol vers le mythe?

Des rites de chamans?

Une communion d'initiés?

Une offrande à quelqu' Esprit,

Comme une esquisse de Dieu?

 

Curieux face à face guerrier

D'animaux pourtant pacifiques!

Et avec la licorne,

Un réel transfiguré?

Vitalité exubérante!

Tous ces signes à jamais mystérieux:

La flèche qui tue

Ou le code dune abstraction?

Ces carrés qui vous enferment!

Ces pointillés qui vous laissent libres!

Ces gerbes de stries qui vous enlacent!

 

Et pourquoi dans cette zoologie foisonnante,

Un seul homme?

Un homme chimère,

Un homme oiseau chancelant,

Grêle et viril devant le bison menaçant?

 

             Déjà la solitude d'être?

Pourquoi le choix de l'obscurité

Pour des créations de lumière?

Pourquoi tant de peines

A la fade flamme des chandelles

Face à des plafonds rebelles?

Quelle force intime du dépassement?

 

Que de questions, que de pourquoi!

Dans l'effervescence cérébrale,

La marque du spirituel!

Dans les recoins de la nuit

La montée de l'aube du sens!

Ici l'immanence de la pierre taillée

Passa à la transcendance du trait!

Toutes les énigmes de Lascaux

Signent l'émergence du sapiens,

L'insondable d'une métaphysique!

 

                         Bruno ALEXANDRE

 

 

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VI

     2

 

A Jean Michel BASQUIAT*

 

Comme Dieu, le beau est mort

Et BASQUIAT me fait froid dans le dos.

Il agresse mon vouloir vivre.

 

Graffiteur devenu peintre,

En costume Armani

Sur un squelette insoumis,

Il est l'artiste des rictus souffrants,

Des orbites vides,

Des os hors de la chair.

Il trace aux extrêmes

Dans une fulgurante liberté

Les lignes du mal être,

Les lettres de sang.

Chaque corps disloqué

Plaide pour le sien,

Un sursis.

 

Ce que peint BASQUIAT avec violence

Est une agonie.

Fantôme noir d'une négritude assumée

Son autoportrait s'excuse de vivre.

Dans le monde, hors du monde,

Sa raison est pour nous folie!

Deux mondes tangents,

Le sien aux fleurs hallucinées,

Le nôtre aux fruits amers!

 

Avait retenti le cri de MUNCH,

Le cri de BASQUIAT le rend murmure!

Cet homme habite l'enfer,

Il lutte contre le démon d'exister.

Chaque tableau est une bataille gagnée,

Une victoire sur l'entropie,

Un pas de plus dans sa schizophrénie,

Sa folie transfigurée, consolante.

 

Adieu BASQUIAT

La drogue t'a donné le paradis

C'est bien ainsi!

Tu vis encore!

 

                         Bvruno ALEXANDRE

 

* Peintre d'origine haïtienne et portoricaine mort d'une overdose

en 1988 à l'âge de 28 ans.

 

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VI

     3

 

L'ENFANT

 

 

L'enfant vient des neiges immaculées,

il est une page vierge!

Une saison dans l'année de la vie,

celle des semailles pour l'or des moissons!

Ecrivez sans taches

une promesse d'homme!

Ouvrez les fenêtres du monde

à l'exubérance des points cardinaux!

Dans le sillon nouveau

semez des graines de liberté!

Ne rétrécissez pas, élargissez!

Présentez avec doute vos certitudes!

Ne soyez maçon que pour les briques

Sans souci de la maison!

Donnez des ailes,

N'orientez pas la vol!

Laissez l'alchimie souveraine

opérer des combinaisons nouvelles!

 

Or que vois-je dans la rue du quart monde?

Qu'avant l'heure, l'enfant tire la charrette,

malaxe l'argile, tisse le tapis,

mendie près de sa mère meurtrie…

Qu'avant l'heure,

sur le trottoir des obèses,

Par la pénurie décharné,

hagard de la fièvre qui abat,

il vous regarde comme déjà ailleurs!

 

Qu'il est insupportable,

Dans les yeux de l'aube,

De voir luire la nuit!

 

Chaque fois que meurt un petit enfant

Je crois que Dieu va en enfer!

 

                                           Bruno ALEXANDRE

 

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VI

       4

 

FLAMMES

 

 

Quand vous verrez dans mes yeux étonnés

la seconde inaugurant l’éternité

que les larmes n’endeuillent pas vos yeux

et qu’il ne pleuve dans les cieux !

 

Dans ma mémoire figée, ils sont tous rangés

les noms de ceux que j’ai aimés.

Même si je ne l’ai pas toujours dit

l’amour est maintenant à jamais écrit !

 

L’être, l’origine, la destinée

le pourquoi, le comment, le sens…

Plus d’interrogations insolubles,

plus d’angoisses extrêmes !

 

Le mal, ma tragique obsession,

dans le néant du sommeil s’est dissout.

Plus de questions sur le Dieu bon,

Il est mort, impuissant, avec moi.

 

Que crépitent les flammes de la libération !

Qu’amples soient alors vos libations !

Que se poursuive le cours d’Héraclite

sous d’autres formes, sous d’autres vies !

 

 Lumineuse est la nuit obscure

par ses poussières d'étoiles

d’où jadis je naquis

d’un caprice du temps infini.

 

Poussières du jour

je suis à votre image,

poussières du temps

Encore dans la vie !

                                    

J’ai rejoint le saint empire

sans meilleur et sans pire.

Que sereine soit votre triste gaîté

à la mesure de ma froide sérénité !

 

                              Bruno ALEXANDRE

 

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VI

       5

 

L'AMITIE

 

Divin Montaigne:

"l'amitié parce que c'était lui,

parce que c'était moi".

L'amitié parce que c'était elle

parce que c'était toi!

 

Attirance aux fils mystérieux

tissés par l'inconscient fondateur,

bâtie sur une connivence sacrée!

Des respirations synchrones,

des battements à l'unisson,

une même ligne d'horizon!

Alchimie aux facteurs impondérables,

Elle fait un dans la dualité!

 

L'amitié ne fait que flirter avec l'amour,

elle est amour hors de la chair,

plus loin que lui de la haine.

Périlleuse entre l'homme et la femme

avec un compromis, l'amitié amoureuse!

De plus grande longévité que l'amour

elle vit à ses confins,

elle peut naître de son aube

Comme de son crépuscule.

 

Plutôt que feu d'un été trop court

elle est flamme d'un printemps continué.

Communion de valeurs

même dans l'antinomie des choix,

elle est pour l'autre une mansuétude

sous le regard de la vérité,

une confidente, un recours, une consolatrice,

un confesseur sans la pénitence,

qui juge sans arrière-pensées

et pardonne sans conditions.

 

Elle s'accommode des honneurs

comme des disgrâces,

Elle n'est pas fleur qui passe

Mais fruit que l'on conserve.

Aristote l'a bien cernée:

"l'amitié est une âme en deux corps"

et quand elle est seule

ils sont ensemble!

 

                           Bruno ALEXANDRE

 

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VI

    6

OASIS

 

Au delà de Zagora,

au delà de l'au delà,

caillou après sable,

sable après caillou,

le désert est un horizon

qui recule d'un pas

à chacun de mes pas.

Tragique beauté de l'abiotique!

 

Marcher et marcher encore,

pour une rédemption!

Las, mon Christ est mort.

Ma rédemptrice est une oasis

où  l'eau et le végétal, amoureux,

se sont mariés en bouquets verts

avant d'échouer par pure contingence

en un lieu que je cherche.

 

Je sais que dans cette île

sur le minéral torride

accostent des navires égarés,

de l'or des sables chargés,

et qu'y habite une consolatrice:

mon oasis a la couleur d'une femme!

Je marche à sa rencontre…

Infimes sont les chances de nous croiser,

mais pour qui espère, le temps ne compte!

Pour la durée, j'ai apporté des madeleines,

aussi inépuisables que ma patience:

en mangerais-je sept chaque matin

qu'il m'en resterait autant les autres matins…

 

Et dans l'attente de la conjonction heureuse,

un rêve vaincra le plomb du soleil,

celui de l'étreinte dernière

où, dans un doux parfum d'amande

saturant la pureté de l'azur,

frémiraient nos corps mystiques

dans le bruissement des sources

à l'ombre apaisante des palmiers.

 

                                      Bruno ALEXANDRE

 

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