Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

VII

    1

 

POEME  DE  FLEURS*

 

 

Jour de rencontre champêtre

au Cabaret des oiseaux

sous le signe d'Adonis d'automne

près du  Bois gentil

où souffle une Brise tremblante.

 

J'y retrouve mes amies

Ancolie la mélancolique

Angélique des bois

Julienne des dames

Marguerite dorée

Anémone sylvie

et toutes les Belles de jour.

 

 

Dans l'aquarium

des Ecuelles d'eau

des Utriculaires

des Elodées du Canada.

Sur la table

Corbeilles d'argent

et Corbeilles d'or.

 

Par l'Oeil de bœuf

je vois Trique madame

en Sabots de vénus

caresser des Verges d'or.

 

Dans l' Herbe aux femmes battues

L'Immortelle blanche

file la Grande amourette

avec le Désespoir du peintre.

Le Compagnon blanc

s' Impatiente

avec la Dame de onze heures

et son Ivraie enivrante.

 

Déjà dans le crépuscule

s'épanouissent les Belles de nuit

qui brillent sous les  Etoiles de Bethléem.

 

                            Bruno ALEXANDRE

 

******

 

*  En gras, les noms communs des fleurs

 

 

 

VII

     2

 

 

REVE DE CHAT

 

 

Chat insaisissable, mystérieux, énigmatique,

un jour tu domestiquas l'homme!

Tu lui appris la liberté suprême

d'échapper à la servitude volontaire.

 

Sur la vieille commode désuète,

assis dans l'anse de ta queue,

tu trônes, profil hiératique,

Impassible comme un marbre antique.

 

Comme le sphinx de Giseh

tu as l'immobilité des choses sacrées.

Un regard  furtif et discret

t'ôterait même la vie!

 

Seuls tes yeux de jade s'échappent du minéral;

ils me regardent ailleurs, on ne sait où:

vers l'infini de l'espace, fixant l'éternité?

Vers le fini de ton âme, perdue dans ses songes?

 

Je crois que retrouvant ta destinée antique,

tu revois le ciel de l'Egypte ancienne

où tu incarnas la déesse Bastet,

fille bienfaisante de Rê, œil du soleil.

 

Tu te souviens de ta fonction cosmique:

choyer avec tendresse et amour

la barque de la nuit du soleil

afin que ne triomphent point les forces des ténèbres.

 

Prêt s'il le faut à devenir lionne

dans une fulgurance instantanée,

et, de tes griffes de feu,

immobiliser Apopis, le serpent du chaos.

 

                                          Bruno ALEXANDRE

 

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VII

3

 

 

LA SERVITUDE *

 

 

Ne vous plaignez pas du tyran,

vous lui avez donné la puissance !

Il vous persécute de mille manières

et vous courbez la tête, résignés !

A quel point êtes-vous ensorcelés

pour ramper, accepter, respecter !

Vous êtes des cents, des mille, des millions

et demeurez sans voix devant la voix d’un seul !

N’êtes-vous pas tombés dans la pure couardise ?

Ou la plus désespérante inconscience ?

Car enfin vous refusez d’être libres !

Vous  régressez au rang de la bête soumise !

Vous « prenez le joug » consentant au mal !

« Vous vous coupez la gorge » !

Vous vous assujettissez !

Que n’avez-vous plus la force d’espérer ?

Une seule chose : la liberté !

« Liberté, bien si grand et si doux »

sans lequel tous les autres sont corrompus !

Pauvres gens, pauvres peuples, pauvres nations,

« opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien » !

Vous vous laissez dépouiller de votre plus grand trésor !

Pourquoi donner tant des vôtres, vos fils, vos filles,

les uns pour la guerre, les autres pour la luxure ?

Les espions du tyran viennent des vôtres !

Vous semez vos champs pour qu’il les dévaste !

La  nature nous a tous créés du même moule,

tous frères donc tous libres !

L’esclavage n’est pas une fin de la nature !

Etes-vous donc pire que les bêtes

qui languissent de leur privation de liberté ?

Vous vous perdez par votre aveuglement !

 

Vous avez des excuses : toujours dans la nuit

comment connaitriez-vous le jour ?

Vous êtes malades d’ignorer votre maladie !

Pas de bien sans connaissance du mal !

L’habitude, voilà la première cause de votre servitude !

Ne confondez plus votre état de naissance

avec votre état de nature !

Réveillez-vous !

Vous êtes serfs car nés dans la servitude !

« L’amour même de la liberté n’est pas si naturel » !

Pourtant votre libération serait si simple !

Il vous suffirait d’être non consentants !

Combattre violemment le tyran s’avère même inutile !

Si tous vos l’ignorez, lui, seul, n’est plus rien ,

Sinon « une branche sèche et morte ! »

Soyez indifférents et le colosse s’écroule !

Réveillez-vous !

N’acceptez plus de vivre dans « un parc de bêtes » !

Que l’étude et le savoir vous sauvent,

« le ferme vouloir garantit le succès ! »

Sachez que les richesses acquises auprès du tyran,

la disgrâce vous en dépouillera bientôt !

Honnissez les ruses du puissant

telles celles de Cyrus envers les Lydiens. (1)

Ne vous laissez pas endormir par tous les subterfuges

qu’il faut nommer « les appâts de la servitude ! »

Ne soyez pas attirés par  l’éclat de la tyrannie

comme papillons par la flamme,

votre vie en serait brûlée !

Souvenez-vous de Sparte et des chiens de Lycurgue ! (2)

 

Alors vous pratiquerez les choses saintes

de l’amitié, de l’honneur, de la vertu,

piliers de la liberté,

ennemis de la servitude !

 

                                Bruno ALEXANDRE

 

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Poème inspiré du "Discours de la servitude volontaire", d'Etienne de La Boétie, écrit entre 1546 et 1548 et dont Montaigne a dit dans ses Essais: "C'est un discours auquel il donna le nom de la servitude volontaire, mais ceux qui l'ont ignoré l'ont bien proprement depuis rebaptisé le Contre Un.

Il l'écrivit par manière d'essai en sa première jeunesse – il avait alors 16 ans – à l'honneur de la liberté contre les tyrans."

 

 (1) Pour éviter la révolte des Lydiens, Cyrus leur construisit des lieux de jeux et de débauche.

(2) On propose à deux chiens, l'un habitué à la liberté et l'autre domestiqué, un lièvre et un bol de soupe: le premier court au lièvre, le second, à la soupe.

 

 

VII

4

 

 

UN SOLEIL S'EN VA

 

 

Un Soleil s'en va,

ses rayons demeurent,

ils illumineront mon deuil.

Fleur si vite éclose,

déjà fanée!

 

Longtemps encore

je cheminerai à la lumière de ton ombre.

Et puis le temps embrumera mes souvenirs,

nébulisera mes sentiments,

endormira mon envie.

L'azur de mes yeux pâlira.

Même la joliesse de ton visage

perdra son secret pouvoir.

Je foulerai des pierres patinées

en déficit de  mémoire

dissipée dans la pluie et le vent.

 

Dans le jardin des secrets

le chardon piquera la rose.

Chaque été torride

brûlera un peu de ma nostalgie.

Dans le calice des rêves absents

tomberont quelques vers élégiaques

comme des notes blessant le silence.

 

Inexorablement grandira l'oubli.

Le mal poussera lentement

ses perfides métastases,

le mal d'habitude,

le mal de lassitude,

le mal de finitude.

L'ombre nimbera la lumière.

Tout un programme d'absences,

méthodiquement, s'accomplira.

Le silence montera la garde

faisant le lit de présences nouvelles…

 

Mais quand j'atteindrai après ma longue marche

sur le boulevard du crépuscule

la station de la rigueur extrême,

celle de la froideur rigide,

ils brûleront encore mon cadavre exquis,

tes baisers inaltérés du temps des promesses.

 

                                              Bruno ALEXANDRE

 

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VII

5

 

PARENTHESE DERNIERE

 

 

Qui donc est cette passagère,

femme au galop dans ma vie

chevauchant depuis des millénaires,

mi-déesse, mi-mortelle?

 

Pourquoi vient-elle troubler

mon jardin délicieux

où bruit le monologue par excellence:

le dialogue avec soi-même?

 

Je devrais sortir  ma langueur

de la Patagonie de ma plaine

pour une fois dernière

gravir une ultime montagne?

 

A quoi bon, j'ai tout expérimenté!

Comme pour préparer une autre vie!

Une vie pour les affres de la guerre

une vie pour les havres de paix!

 

J'ai photographié l'odeur des roses

et sculpté la lumière des émeraudes,

j’ai touché les mystères des croyances

Ee senti la profondeur du vide d'être!

 

Je sais que les bassesses du cœur

n'ont d'égales que le fiel des pensées

et que le cœur voudrait éternel

ce que la raison sait éphémère!

 

Te voilà le centre de mon mal vivre

en même temps que sa périphérie consolante.

Ma drogue et son antidote!

C'est cela ma tristesse d'aimer!

 

Eh oui, délicieux poison,

tu me fais encore la cour

par l'astuce d'un charmant détour

et l'offrande d'un charnel breuvage!

 

Aimer? mais je ne peux plus aimer!

L'amour sait trop bien tuer l'amour!

Qu'est-ce que l'étincelle dans la nébuleuse?

Qu'est-ce que l'éclair dans l'obscur sidéral?

 

C'est décidé, je gravirai la montagne

pour l'ultime de ses sommets glacés.

Je n'aspire plus qu'aux morsures du froid

comme métaphore de mortels baisers!

 

Je m'endormirai au plus haut,

libéré de la piété cavernicole!

Je m'en vais rejoindre tous les dormeurs

et je pense à ceux qui ont un trou dans le cœur.

 

                                       Bruno ALEXANDRE

 

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