Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

 

 

 HYPATIE D'ALEXANDRIE 

 

       "Ô vierge, qui, d'un pan de ta robe pieuse,

        Couvris la tombe auguste où s'endormaient tes Dieux,

        De leur culte éclipsé prêtresse harmonieuse,

        Chaste et dernier rayon détaché de leurs cieux!"

 

                                                    Leconte de Lisle

 

 

 

La Grèce dormait dans la splendeur de ses tombeaux

Rome triomphante avait pris la relève

ajoutant ses dieux au dieux hellènes

quand se leva le Dieu jaloux, sol invictus

illuminant le rêve de Constantin:

"par la croix tu vaincras"!

A Milvius comme à Andrinople

Constantin vainquit:

"Je conduis l'armée victorieuse

partout précédée de ton sceau"!

 

Chancelants les dieux multiples!

Plus d'asiles pour les dieux inconnus!

"Croyons en l'unique divinité…dans la pieuse trinité",

que soient châtiés les "déments et insensés"

les païens ne méritent que la vindicte divine et la nôtre!

Transformons les temples en églises

écartons les livres impurs!

 

Malchanceuse Hypatie née sous Théodose!

Il fallait ce tyran pour ton destin grandiose!

Ame transcendant les amours terrestres,

habitée d'une sincérité incorruptible,

ton cœur grec battait de la culture déclinante,

tu voulais que ne s'éteignît point le flambeau ancien!

La physique, l'astronomie, la philosophie,

voilà ta nourriture quotidienne!

Tu la dispensais aux esprits encore insoumis!

Tu avais revêtu le pallium des philosophes

et tu rayonnais dans les rues d'Alexandrie,

perle encore effervescente

de commerce, d'arts et de cultures,

joyau de la Méditerranée,

soleil de diversité.

De loin on venait au serapeum

bibliothèque à nulle autre pareille!

Mémoire de l'Antiquité!

Adorée de tes étudiants de tous âges

hypnotisés par ton érudition et ta beauté

tu les enivrais du vin du savoir!

Hypatie, ils t'ont tant aimée!

 

Ta maison était le temple des livres

où se reposaient des siècles de pensée

en instance de naufrage

et dont tu voulais perpétuer l'éclat.

Du haut de ces tours de l'esprit

riches de vérités multiples

il t'arrivait encore d'espérer en tes dieux cléments

alors que se levait le ciel des tourments.

L'Edit de Milan te paraissait si lointain

et l'échec de Julien encore si proche!..

 

Tu troublais les maîtres de la cité

et la religion nouvelle, unique.

Le préfet Oreste pourtant t'estimait

au grand regret du patriarche Cyrille

cet homme austère au langage qui oblige!…

Un jour se promenant dans la ville

il mesura ta grande popularité:

la rue grouillait d'esprits ouverts

avides d'écouter les lèvres de la connaissance.

Alors la part obscure de la lumière nouvelle

s'inquiéta de la persistance païenne.

L'antique science, l'antique sagesse

pouvaient-elles s'accorder avec la vérité universelle?

Cyrille a voulu te parler en père magnanime,

t'inviter à ne plus construire sur des ruines,

faire le deuil du lumineux Pays d'où tu viens

pour le grand royaume du Galiléen

envoyé par le Dieu victorieux de tous les dieux

offrant à tous le choix du ciel glorieux.

 

Tu n'a point voulu de tes pères trahir la mémoire

ni renier le combat de raison de leurs dieux.

Tu t'étonnas des menaces de perdition

proférées par le disciple inflexible du Dieu bon

qu'une meute barbue impatiente idolâtrait.

Tu t'enquis du lieu de leur belle vérité,

étonnée de tant de querelles intestines,

troublées par leur guerre des hérésies

si généreusement à César confiée!

Etait-ce la voie charitable de Jésus

que cette contrainte des corps et des consciences,

ces vexations et ces menaces grandissantes?

Faisant de l'empereur un ami de votre Supplicié,

ne rendez-vous pas justice à ce qu'il a condamné?

Pierre le prêcheur prêche-t-il le Christ

à la foule innocente d'Alexandrie?

Les moines Nitrians ont-ils l'âme charitable?

 

Frêle beauté par des aveugles calomniés

on s'en prit à ton corps pour atteindre ta pensée.

Lacérée ou lapidée tu fus martyrisée

par ceux dont les pères l'avaient été!

Leur bonté, au Cinaron, te fit cendres!..

 

Si j'étais Synésios de Cyrène, je te dirais:

"vénérable maîtresse, ma mère, ma sœur!"

Alexandrie t'a vu naître,

Alexandrie t'a vu mourir.

Tu l'illumines encore de ton souvenir!

Le temps toujours te révère,

On n'assassine pas la lumière!

Morte, tu es encore plus grande!

Phare, toujours, d'Alexandrie!

 

                              Bruno ALEXANDRE

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