Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

LA PAROLE A BAUDELAIRE

 

Que d'inquiétude sur ton état mental!

Dans ton œuvre, d'aucuns trouvent, il paraît,

l'odieux, l'ignoble, le repoussant, l'infect;

tu aurais attenté aux bonnes mœurs!…

 

Annonce faite à ta mère:

"ma vie a été damné dès le commencement"!

Pour toi, il est vrai, Satan mène le bal,

tu en as côtoyé tous les avatars:

angoisse, mélancolie, langueur, spleen,

laideur, douleur, dégoût de vivre…

Alors pourquoi tant courtiser le Malin?

Tu l'as imploré et loué,

c'est à lui que tu as demandé

"la pitié pour ta longue misère."

Ne l'as-tu pas dit trois fois grand?

N'as-tu pas écrit:

"O mon cher Belzébuth je t'adore"?

Ou: "gloire et louange à toi Satan?"

Transformant ainsi cet ange déchu

en ange de lumière!

Blasphème!

 

Qu'as-tu fait de Dieu le Père?

Un monstrueux tyran

insensible aux sanglots du monde!

Jamais rassasié du sang des martyrs!

Tu as osé ce cri: "O Dieu je te maudis!"

Blasphème!

 

Et de Jésus son fils?

Un doux rêveur!

Tu l'as culpabilisé

mettant des remords dans son flanc

pour l'échec de sa mission

après l'appel sans réponse à son père.

Sans trembler, comme Saint Pierre,

sans regrets, tu as renié le fils de Dieu.

Blasphème!

 

Que te reste-t-il?

L'unique Nature!

Or à tes yeux, si elle est souvent belle,

ô affront à Rousseau,

elle ne peut être bonne;

elle pousse au crime

et le ciel qui la couvre vaut un toit de caveau.

De plus, tu le confesses,

ton cœur saigne de choses funestes,

ton âme, "désert d'ennui"

ressemble à un tombeau!...

Un tombeau dans un tombeau!

 

Quel fardeau de vivre!

Quel fardeau de vouloir vivre!

Tu t'es posé la question, poète triste,

quand tu voguas vers Cythère.

En esprit tu t'es pendu à un gibet

plutôt que de courtiser Aphrodite!

 

As-tu si peu d'espérance

pour envier le sort de vils animaux,

ceux qui trouvent le sommeil de l'hiver!

As-tu si peu d'espérance

pour souhaiter le gouffre et la nuit

comme planche de délivrance?

As-tu si peu d'espérance

pour aspirer au repos absolu?

 

Ne fréquentes-tu donc aucuns paradis

autres que les paradis artificiesl?

ceux du vin et de l'opium?

Si!..plusieurs! ils t'ont fait vivre!

Le premier, celui de ton enfance,

tu ne le savais pas alors

mais le souvenir en fut heureux.

Le second, le plus merveilleux,

tu le vis dans les yeux d'une femme;

tu l'as invitée au voyage, là-bas,

"où tout n'est qu'ordre et beauté,

luxe calme et volupté".

Là-bas, ce paradis retrouvé

où tout parle à l'âme

"sa langue natale".

La langue du paradis jadis perdu?

C'est l'amour qui t'a fait écrire

que pour les amants morts,

un jour, plus tard,

"Un ange entr'ouvrira les portes."

 

Ton troisième paradis,

le plus resplendissant,

c'est celui de ta religion intime

qui t'accompagna toujours fidèle

sur ton "long fleuve de fiel".

Pas la religion de ton enfance!

La religion dont tu fus le seul prêtre,

le "prêtre orgueilleux de la lyre"

qui a rempli sa fonction sacrée,

sorte de transsubstantiation profane:

"de quelque chose extraire la quintessence",

transmuer la boue en or,

faire éclore des poèmes

sur l'oreiller des vilenies,

métamorphoser le MAL en FLEURS!

 

 

                                 Bruno ALEXANDRE

 

 

 

 

 

 

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