Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

 

MARCEL CONCHE ET LE MAL ABSOLU 

 

"La souffrance des enfants devrait suffire à confondre les avocats de Dieu. […] .

C'est que la souffrance des enfants est un mal absolu (un tel mal garde son caractère dans quelque contexte qu'on le considère), une tache indélébile dans l'œuvre de Dieu, et elle suffirait à rendre impossible une théodicée quelconque. […].

            Quelle a été la volonté de Dieu? Non certes, que le mal résulte de la liberté, mais néanmoins que vienne à l'existence un monde où il se trouve qu'il en résulte. Or si la liberté, c'est la possibilité du mal, non le mal lui-même, Dieu aurait pu vouloir un monde où il y aurait eu la liberté sans le mal (au moins le mal comme souffrance infligée). Les humains eussent été libres, et pourtant eussent été justes. Ils auraient formé de tout temps une société équitable. Or, il suffit qu'ils aient pu le faire pour que Dieu ait dû choisir un monde où ils l'aient fait. Ou, en d'autres termes : puisque le péché originel fut libre et non nécessaire, Dieu aurait pu choisir un monde où il y aurait eu la liberté sans la chute.

En quoi nous ne voulons pas nier ou en rien diminuer la faute des hommes. Simplement nous nous limitons à examiner la cause de Dieu. Si Dieu est, il est, absurdement, le grand Complice qui, lui, nécessairement (à la différence de l'homme), sait toujours ce qu'il fait. On me dit que ce " faire " se borne, lorsqu'il s'agit des hommes, à les laisser faire, tout en sachant ce qu'ils vont faire. Plaisante excuse. Puisqu'il pouvait faire qu'il n'y ait pas le mal, c'est par lui qu'il y a le mal…"

 

("Raison Présente" N° 7 et "Orientation Philosophique")

 

     "Du reste, la thèse même selon laquelle la liberté enveloppe la possibilité du mal est on ne peut plus contestable. La liberté que le chrétien accorde à Dieu n'implique d'aucune façon la possibilité du mal : donc, ce qui implique la possibilité du mal, ce n'est pas la liberté comme telle. Est-ce la liberté finie (humaine) ? Mais la liberté et la capacité de mal sont évidemment en relation inverse. Non seulement il y a des degrés de liberté, mais devenir plus libre, c'est devenir moins capable de mal. A la limite, le sage (Socrate si l'on veut) a perdu jusqu'à la capacité de mal faire. D'où vient cela ? C'est que l'Homme, étant un être raisonnable, peut faire un usage raisonnable de sa liberté. Une telle liberté raisonnable est la vraie liberté, et pourtant elle n'est plus capable de mal."[…]

 

"Croire en l'existence d'un Dieu créateur du monde serait admettre la possibilité (du supplice des enfants).   Ainsi d'un point de vue moral, je n'ai pas le droit de croire, je ne puis croire en Dieu. "Il est moralement nécessaire d'admettre l'existence de Dieu" dit Kant; sur ce point le renversement du kantisme s'impose inévitablement, et il faut dire: il est moralement nécessaire de nier l'existence de Dieu."

(Raison Présente Nos 7,9 et 10 – Cf aussi "Orientation philosophique – La souffrance des enfants comme mal absolu")

 

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