Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

           

 

 FRANCOIS MAURIAC, LA SOUFFRANCE ET L'ENFER

 

 

             Il y a si peu d'espoir que la souffrance nous détourne des amours coupables, qu'il faut excuser les auteurs chrétiens de vouloir agir sur nous par la terreur. L'enfer de la passion ne nous effraye plus ; mais l'enfer éternel ? Une telle menace devrait être toute-puissante sur les croyants.

Le dogme de l'enfer est effroyable au point que ceux même qui y croient, n'arrivent pas à se le représenter ; et c'est ce qui lui enlève beaucoup de son efficace.

Je crois à l'enfer comme à tout ce qu'enseigne l'Eglise (qui n'a d'ailleurs rien ajouté aux paroles du Christ « Allez, maudits, au feu éternel... »)

Le feu éternel. Mais c'est une chose que de croire à cette horreur, et c'est une autre chose que de la concevoir. Quand notre mère menaçait de nous donner à croquemitaine, nous cachions notre figure terrifiée   dans   sa   robe,   avec   la même confiance, avec le même amour.

Ce que nous croyons est inconcevable ; et la théologie ne nous aide pas à le concevoir. Je Crois, mais sans essayer de comprendre, l'enfer allumé par l'Amour, disent-ils. Dieu confondu avec un amant irrité, et qui se venge. Cette pensée nous fait horreur. Car nous qui sommes durs et cruels, nous nous savons pourtant capables d'aimer sans être aimés, de tout donner sans rien recevoir. Quel amant n'éprouve avec certitude qu'aucun reniement, qu'aucune trahison ne viendrait à bout de son amour ? Ce que nous sommes, cœurs éphémères, dans le temps, Dieu, cœur éternel, ne saurait-il l'être dans l'éternité ?

II faut croire à toutes les paroles du Christ, à tous les dogmes de l'Eglise, —et à cet enfer qui épouvante moins les concupiscents qu'il ne les rassure : « C'est trop horrible pour être vrai », disent-ils. Et si cela est faux, ils se réjouissent de ce que tout le reste s'écroule aussi.

C'est pourtant vrai, quoique horrible. Mais il faut que Dieu soit innocent de l'enfer. Le choix de l'homme crée l'enfer : un homme qui, devant l'éternité, décide librement de n'être pas du côté de Dieu (cet homme existe-t"il ?)

L'enfer n'est pas inerte : il est subtil esprit. Le démon.

 

                                              François Mauriac

 

Extrait de Souffrances et bonheur du chrétien.

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