Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

SCIENCE ET RELIGIONS MONOTHEISTES – l’inévitable conflit

De J. P.  CASTEL, Berg International, 2014

 (Pour qui s’intéresse aux rapports science et religions, cet ouvrage sera une mine de références couvrant un vaste champ)

 

EXTRAITS :

INTRODUCTION:

 

Pour la majorité de l'opinion occidentale, le christianisme constitue le socle de la civilisation: c'est au christianisme que nous serions redevables des droits de l'homme, de la philosophie, de Jean-Sébastien Bach, voire comme nous le verrons plus particulièrement, de la science moderne. Pour nombre d'auteurs contemporains, "l'ensemble des traits principaux de la civilisation occidentale sont structurés par référence au texte fondateur que constituent pour cette civilisation les Ecritures judéo-chrétiennes"[1], "la Bible n'est pas seulement une référence religieuse, c'est le socle de notre civilisation, une grille conceptuelle commune aux croyants et aux agnostiques"[2], "Hegel, mais aussi les néokantiens comme Weber et tous leurs successeurs jusqu'à Louis Dumont, font remonter les origines de "l'homme moderne" à la prédication monothéiste"[3]. Pour Freud lui-même, malgré son aversion pour la religion, le monothéisme représentait "un triomphe de la vie de l’esprit sur la vie sensorielle"[4]. L'idée selon laquelle la modernité serait issue des paradigmes chrétiens sécularisés, et la laïcité, la "sortie de la religion" seraient enfants du christianisme[5], a été érigée par des philosophes de renom au rang de "théorème de la sécularisation". Depuis un quart de siècle il est d'usage de qualifier notre civilisation de "judéo-chrétienne", quitte à occulter, par un "véritable coup d'état culturel"[6], nos racines gréco-romaines, païennes.

 

Dans un texte intitulé de façon très explicite L'origine chrétienne de la science moderne[7], Alexandre Kojève (1902-1968), philosophe respecté et spécialiste de Hegel, développe l'idée selon laquelle "il faut être ou devenir chrétien pour pouvoir s'adonner à la physique mathématique […], peu de faits historiques sont aussi difficilement contestables que celui de la connexion entre la science et la technique modernes et la religion, voire la théologie chrétiennes." Sans la rationalité du dieu d'Abraham et sans l'Incarnation chrétienne, point de science expérimentale ! Purement spéculative, la science grecque ne pouvait terminer que dans une impasse ! Reprise par un nombre impressionnant d'auteurs, de Lacan à Marcel Gauchet, chrétiens ou non[8], ces affirmations, pourtant bien étranges à qui se souvient de l'affaire Galilée, ne rencontrent guère de contestation.

 

Avec la christianisation de l'Empire romain - évènement qui pour les historiens marque la fin de l'Antiquité - l'équilibre entre mythe et raison, qui avait prévalu dans le monde gréco-romain, dut céder la place, au nom de la vérité révélée, à la subordination de la Raison à la Foi. Lorsque ses résultats et ses méthodes entrèrent en contradiction avec un dogme ou une norme tenue pour divine, la science se heurta à l'opposition des plus hautes autorités de l'Eglise. A l'inverse, le monde non-monothéiste, resté étranger à la sacralisation de l'idée du vrai et du faux, ne leva pas d'opposition à la science ; encore aujourd'hui les thèses créationnistes ne s'y développent guère, alors qu'elles font florès dans la plupart des régions de culture chrétienne, dans la très protestante Amérique du Nord comme dans la très catholique Amérique du Sud[9].

Certes, c'est bien en Europe, après un millénaire de christianisme triomphant, que "la science moderne" est apparue. Si d'autres régions du monde, comme la Chine[10], l'Inde, le monde Arabo-Musulman, produisirent à certaines époques des résultats scientifiques remarquables, aucune ne connut l'équivalent de notre Renaissance, berceau d'où allait jaillir à partir du XVIIème siècle la "science moderne". Mais la Renaissance doit-elle plus à la redécouverte de l'Antiquité ou au "génie du christianisme[11]" ? à des contingences historiques, géographiques, économiques, politiques, démographiques, linguistiques, ou à des facteurs religieux ? Comment distinguer causes et conditions ?

 

La relation entre science et religion est à replacer dans le contexte plus ancien du débat Foi et Raison, Athènes et Jérusalem, qui a traversé toute l'ère chrétienne. La science est-elle la servante de la philosophie, comme l'ont proclamé Papes, Pères et Docteurs de l'Eglise jusqu'au XIXème siècle ? Raison et foi sont elles seulement convergentes, comme tente de le soutenir l'Eglise aujourd'hui ? Ou correspondent-elles à des "plans de réalité", à des "programmes de vérité", à des "magistères" distincts, indépendants, comme le professent certains philosophes, historiens et scientifiques?

 

Au tournant du demi-millénaire av. JC., les Hébreux introduisaient le vrai et le faux dans le domaine des dieux- la "distinction mosaïque" selon l'expression de l'égyptologue Jan Assmann[12] -, tandis que les Grecs établissaient le principe de non-contradiction, fondement de la philosophie et de la science : hasard, coïncidence, ressemblance fortuite, voire rapprochement fallacieux, ou nécessité correspondant à une logique d'évolution commune, comme le suggèrent certains auteurs à succès[13]?

 

 

[1] Espérer croire, Gianni Vattimo, Seuil, 1998, p. 38. [Gianni Vattimo (1938- ) est philosophe et homme politique italien.] On trouvera en Annexe 1 p. 76 d'autres auteurs qui se situent sur cette même ligne.

[2] Le socle de notre civilisation, Pierre Beylau, conseiller de la direction de l'hebdomadaire, Le Point, 19/12/2003.

[3]Pascal Michon, L’historicisme néo-tönniesien de Louis Dumont au crible de la recherche historique, disponible sur

 <http://www.rhuthmos.eu/spip.php?article313>.

[4] L'homme Moïse et la religion monothéiste, Freud, 1939

[5] Cf. par exemple Marcel Gauchet, cf. p. 81.

[6] Cf. La Question religieuse au XXIe siècle. Géopolitique et crise de la postmodernité, George Corm, La Découverte, 2006. Cf. aussi Guy Rachet, Les racines de l'Europe, op. cit., et One (Multicultural) Nation Under God? Changing Uses and Meanings of the Term “Judeo-Christian” in the American Media, Douglas Hartmann, Xuefeng Zhang, William Wischstadt, Journal of Media and Religion, 4 (4), 207–234 Copyright © 2005, Lawrence Erlbaum Associates, Inc.

[7] L'origine chrétienne de la science moderne, Alexandre Kojève, Hermann, 1964, repris dans la Revue Sciences n°31, 1964.

Cf. p. 77.

[8] Annexe 1 p. 76.

[9] Cf. le § II-11. Hors du monothéisme, pas d'ostracisme envers la science, p. 49.

[10] La Chine a connu un développement scientifique très précoce : entre -700 et -200 à l'époque de la religion mohiste ils développent en mathématiques une quasi numérotation de position, des nombres négatifs, des équations à plusieurs inconnues, en physique la notion de force, l'atomisme. Le sommet de la science chinoise est atteint au XIIIème siècle, avec le zéro, un début de trigonométrie sphérique, des équations jusqu'au 6ème degré, l'étude des fossiles, la vaccination antivariolique, une cartographie de très haut niveau. Science et technique (y compris militaire!) sombrèrent à partir du XIVème siècle, avec l'unification politique, le centralisme du pouvoir et l'arrêt du grand commerce, et à partir du XIXème siècle par la guerre de l'opium et la soumission aux puissances occidentales.

[11] Génie du Christianisme, Chateaubriand, 1802, auquel Marc Augé répondra en 1982 par le Génie du Paganisme, Paris, Gallimard.

[12] Cf. p. 54.

This has been noted, also, by outsider observers. For example: "The Jews first invented the myth that only one religion can be true" Sir Sarvepalli Radhakrishnan, The World's Unborn Soul: an inaugural lecture delivered before the University of Oxford, Oxford: Oxford University Press, 1936, p. 10.

[13] Cf. le § III-2. Le vrai et le faux, p. 53.

 

CHRISTIANISME ET CAPTATION D'HERITAGE:

 

Les chrétiens s'avèrent prompts à revendiquer la paternité de la philosophie, du "Verus Israël"[1], de l'humanisme, des droits de l'homme, de la science moderne.

 

Rappelons que selon la thèse du "Verus Israël", seuls les Evangiles "accomplissent" l'Ancien Testament, le judaïsme n'en aurait eu qu'une compréhension limitée, le christianisme se serait substitué au judaïsme dans le dessein de Dieu ; cette "théologie de la substitution", qui remonte à Saint Paul"[2], prévaudra dans l'Eglise jusqu'à Vatican II[3]. Mrg. Lustiger y voyait "une jalousie telle à l’égard d’Israël qu’elle a très vite pris la forme d’une revendication d’héritage."[4]

 

Pour Mgr Lustiger : "l'Occident chrétien a été le sein maternel d'un humanisme aujourd'hui répandu à travers le monde." [5]

 

Le Jésuite Joseph Moingt ira jusqu'à dire : "l'Église se répand dans le monde païen en ferment d'une société ouverte, qui abolit les cloisonnements et les exclusivismes des sociétés patriarcales." [6] Trouver un discours attribuant l'exclusivisme au paganisme, une contre-vérité qui transforme le coupable en accusateur, sous la plume d'un homme par ailleurs aussi ouvert que Joseph Moingt[7], est tristement révélateur de cette tentation de captation d'héritage si récurrente dans le christianisme.

 

"L'Eglise catholique s'opposa à l'éducation des filles sous Charles X (1824-1830), au suffrage universel sous Louis-Philippe (1830-1848) - en 1832, le pape Grégoire XVI qualifiait la liberté de conscience de « délire » -, au droit de grève sous Napoléon III (1852-1870) [- en 1864, le pape Pie IX condamnait en bloc le libéralisme, le socialisme, l’indifférentisme (autrement dit, le droit de ne pas croire) et l’idée même d’une séparation entre la religion et la société civile -], à la séparation de l'Eglise et de l'Etat pendant la IIIème République (1870-1940) [- en 1882, Mgr Freppel, à la fois évêque et député, affirmait que la scolarisation de masse voulue par Jules Ferry était d’autant plus « inutile et inefficace » qu’elle intégrait l’éducation des filles -, au planning familial dans les années 1950, à l'IVG en 1975,] et ainsi de suite jusqu'au PACS et aujourd'hui au mariage pour tous."[8] Le Vatican n'a toujours pas ratifié les Droits de l'Homme[9]. Et pourtant, "alors que le Syllabus de 1864 disait encore : « Anathème à celui qui préconisera la liberté de conscience », les évêques sont prompts à revendiquer la paternité des droits de l’homme pour l’Église."[10]

 

La revendication de paternité de la science moderne apparaît comme le dernier avatar de cette tendance. Ainsi, encore en janvier 2014, le Centre Sèvres, Faculté des Jésuites à Paris, conduisait un séminaire sur Le christianisme à l’origine de la science moderne, dont la présentation reprenait la plupart des thèmes évoqués dans cet essai : "la science moderne est apparue au début du XVIIe siècle en contraste avec la science antique et médiévale. Une différence significative est dans le primat donné à la transformation du monde et non plus seulement à sa contemplation. Ces mutations ont de multiples causes, parmi lesquelles on peut relever des thèses théologiques. Cette donnée n’est pas souvent perçue, car il semble étonnant qu’une vision « sécularisée » du monde ait une cause « religieuse ». Mais son étude fait réfléchir sur les représentations du Dieu créateur dont le christianisme est porteur."[11]

 

 

 

[1] Cf. par exemple Verus Israël : Les relations entre chrétiens et juifs dans l'empire romain (135-425), Marcel Simon, Boccard, 1964.

[2] "Car le Juif n'est pas celui qui l'est au-dehors, et la circoncision n'est pas au-dehors dans la chair, le vrai Juif l'est au-dedans, et la circoncision dans le cœur." Paul", 1 Cor 10, 8. Dans la seconde Epître aux Corinthiens il énonce que jusqu'à la venue du Christ l'Ancien Testament était comme recouvert d'un voile.

[3] Mgr. Francis Deniau, évêque de Nevers et président du Comité épiscopal pour les relations avec le judaïsme déclarait ainsi en 2004 : "Aujourd’hui, l’Église a répudié toute “théologie de la substitution” et reconnaît l’élection actuelle du peuple juif, “le peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance qui n’a jamais été révoquée” selon l’expression du pape Jean Paul II devant la communauté juive de Mayence le 17 novembre 1980."

[4] Allocution de Monseigneur Lustiger, ancien archevêque de Paris élevé par la suite au rang de cardinal, en 1998 lors d’une réception donnée en son honneur à la synagogue Sutton de New York.

[5] Mgr. Lustiger, Entretien avec J. Daniel et J. Julliard, Le Nouvel Observateur, 2001.

[6] Annonce de l'Évangile et structures d'Église, Joseph Moingt, Culture et Foi, Blois, 24 septembre 2010.

[7] Qui n'hésite pas à dire par exemple, dans La plus belle histoire de Dieu, Seuil, 1997 : "c'est la religion qui a mis à mort Jésus."

[8] Jean-Claude Carrière, Entretien, Le Monde des Religions, juin 2013.

[9] L'Eglise refusa de souscrire aux deux déclarations des droits de l'homme, en 1789 en France et en 1948 à l'ONU. Elle n'a finalement accepté de les reconnaître qu'à Vatican II, en maintenant toutefois sa réserve sur "la fausse autonomie" de l'homme. "Nous n'ignorons pas que certains points de cette Déclaration ont soulevé des objections et fait l'objet de réserves justifiées." Encyclique Pacem in Terris, 1963, §144.

Cf. aussi La lettre chrétienne, Texte de 2007 - Mise à jour le 25.01.2009, disponible sur

<http://www.lettre-chretienne.org/cgi-local/affiche_etudes.pl?Famille=11&action=Detail&ID=313&referer=/Babylone-biblique.htm>

[10] Henri Pena-Ruiz, Conférence Laïcité et émancipation, Centre humaniste, le 27 avril 2012.

[11] Séminaire animé par François Euvé, agrégé de physique et docteur en théologie, cf. http://www.centresevres.com/cours/le-christianisme-a-lorigine-de-la-science-moderne/

CONCLUSION:

 

Si, malgré l'avance technique que la Chine eut jusque très tardivement sur le reste du monde, la révolution scientifique eut lieu en Europe et non pas en Asie, l'origine en revient d'abord à un environnement géographique, économique et politique propice - une façade maritime découpée, une rivalité entre états relativement stables sur plusieurs siècles, une économie prospère -, mais aussi sans doute à une forma mentis, une curiosité particulière, caractérisée par la recherche de causalités, la quête de lois[1], un pari sur la permanence, un intérêt exacerbé pour l'autre, l'étranger. De fait, la conjonction de ces facteurs conduisit aux deux expériences connues de "société ouverte" de l'histoire de l'humanité, le "miracle grec", et la Renaissance européenne. Chacune connut un extraordinaire jaillissement intellectuel, scientifique, philosophique et artistique[2]. Le christianisme n'eut aucune part à la première, il ne joua qu'un rôle très indirect dans la seconde.

 

Lors du "miracle grec", mythe et raison avaient coexisté sans heurt : "des deux visions, la mythique et la rationnelle, aucune ne prétendait évincer l'autre"[3]. La christianisation de l'Empire romain rompit cet équilibre par l'introduction d'une "catégorie de vérité" inconnue jusqu'alors, la vérité révélée. On combattit l'héritage païen, idolâtre, pour lui préférer "la sainte ignorance". Les concepts de vrai et de faux, d'absolu et de relatif, d'autorité et de liberté, de finalisme et de déterminisme furent durablement gauchis, faussés, embrouillés. Les Pères de l'Eglise asservirent la philosophie. Les théologiens scolastiques prouvèrent l'existence de Dieu. Catholiques et protestants de la Renaissance rivalisèrent dans la chasse aux sorcières. La "crise moderniste" voua la liberté de pensée à l'anathème. Au fil des siècles les autorités religieuses condamnèrent un Averroès, un Galilée, un Spinoza, un Darwin, un Alfred Loisy. Avec l'Inquisition, la Contre-Réforme, "la crise moderniste", l'Eglise engagea, au nom de la lutte contre l'hérésie et de l'extirpation de l'idolâtrie, l'institutionnalisation de la police de la pensée.

Non sans pertes, l'héritage philosophique, scientifique et artistique grec fut néanmoins transmis à l'Europe, par les canaux latin (c'est à dire par l'Eglise, creuset de ce syncrétisme judéo-grec qu'est le christianisme), arabe (par la Reconquista), et byzantin (en conséquence de la chute de Constantinople). Comprenant le prestige qu'elle pouvait tirer de la philosophie, l'Eglise du Moyen Age autorisa, sous son contrôle, l'Université à rallumer la flamme de la curiosité antique. La liberté de pensée dut néanmoins attendre la Renaissance pour retrouver progressivement sa plénitude.

 

Dans les années soixante du siècle dernier, on put croire en bonne voie le retour à la sagesse des Grecs, pour qui "il ne paraissait pas adéquat de parler [de science et de religion] en termes de concurrence ou de conflit […], de vérité et de mensonge"[4]. Mais, comme l'évoquent deux sociologues dans un ouvrage récent, "l'un des paradoxes les plus étonnants de notre présent est la montée en puissance sociale d'une religion qui vient de s'évanouir en tant que croyance métaphysique"[5]. Quand en 1992 Jean-Paul II demanda pardon pour la condamnation de Galilée, il n'y reconnut qu'un "douloureux malentendu". Plutôt que d'en rechercher les causes et les remèdes, théologiens et historiens minimisent l'opposition de l'Eglise à la science, certains n'y voyant d'ailleurs que calomnie anticléricale. Une fraction croissante de la population tend à nouveau à attribuer aux textes sacrés une vérité prévalant sur celle des sciences physiques, historiques et philologiques, et à revenir à "la mainmise sommaire du cru sur le su, de la foi sur toute science passée, présente et à venir."[6]

 

La thèse d'une origine chrétienne de la science moderne d'une part sous-évalue grossièrement les accomplissements du "miracle grec", d'autre part pousse jusqu'à la caricature le "théorème de la sécularisation"[7]. La modernité n'est-elle pas plutôt "juchée sur les épaules des géants" de l'Antiquité, n'a-t-elle pas émergé grâce à la réhabilitation de la curiosité, vertu pour les Grecs, mais vice pour l'Eglise ? Dans le combat d'ailleurs non éteint entre l'Eglise et la science, ce ne furent pas les valeurs chrétiennes qui firent basculer le rapport de forces, mais la redécouverte de l'Antiquité grecque, les nouveaux instruments d'observation, la découverte de l'Amérique, l'invention de l'imprimerie. La science préfère définitivement le relatif à l'absolu.

 

Bien qu'ayant traversé toute l'histoire chrétienne, le débat Foi et Raison ne semble pas épuisé : faute d'avoir reconnu et accepté son vrai ressort, le conflit entre autorité et liberté ? Les représentants des religions abrahamiques pourront-ils un jour se déprendre d'une conception autoritaire du sacré[8], d'une prétention à l'historicité de leurs Livres, d'une conception hétéronome de l'éthique ? Pourront-ils un jour reprendre à leur compte la question débattue entre Primo Levi et Paul Celan : "écrire, ce n’est pas transmettre [une vérité], c’est appeler [un questionnement]"[9], position à laquelle se rallierait sans doute maint scientifique ?

                                                                                         J. P. CASTEL

                                                                                         castel.jpcc@gmail.com

 

 

[1] Les lois de la nature chez les Grecs, la vérité révélée chez les Hébreux.

[2] Une "libération d'énergie typique des phases de transition", comparable au moins dans sa nature à celle de la Haskalah dans le milieu juif?

[3] Les dieux ne sont jamais loin, Lucien Jerphagnon, Hachette, 2002, p.177.

[4] Les dieux ne sont jamais loin, Lucien Jerphagnon, Hachette, 2002, p. 97.

[5] Le Mystère français, Hervé Le Bras, Emmanuel Todd, Seuil, 2013.

[6] Les dieux ne sont jamais loin, Lucien Jerphagnon, Hachette, 2002, p.186.

[7] Comme l'évoque par exemple le philosophe chrétien Maurice Blondel, cf. p. 76. Sur le "théorème de la sécularisation".

[8] Cf. l'appel de Nietzsche : "Le vrai christianisme consisterait dans l'indifférence totale aux dogmes, aux cultes, aux prêtres, à l'Eglise et à la théologie." Nietzsche, Werke XV, § 159, cité dans le Que sais-je sur Nietzsche.

[9] La leçon de solfège et de piano, Quignard, P. Arléa éditions, Paris, 2013, p. 49

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