Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

   

Partie I

 

L'ENSEIGNEMENT TRADITIONNEL

 

Il s'agit de l'enseignement du catholicisme. Je ne parlerai que de l'Eglise catholique car c'est la seule que je connais d'une façon approfondie et parce que c'est certainement la plus influente au niveau mondial, non pas tant par les convictions de ses fidèles qui, pour beaucoup, sont superficielles, car simplement culturelles, mais surtout par son influence politique liée au fait que le pape demeure un chef d'Etat (malgré la mort des Etats pontificaux en 1870) et par son influence médiatique.

Pour l'athée DIEU est un concept vide, il se réduit à trois voyelles et une consonne. Pour le croyant chrétien par contre, bien que Dieu soit fondamentalement inconnaissable, il n'est plus un mot inconsistant car la Révélation, sous forme des Ecritures saintes constituant la bible, interprétée sous le sceau déclaré inspiré de l'Eglise catholique universelle romaine, va le caractériser par un certain nombre d'attributs et d'intentions qui nous permettront d'exercer notre esprit critique. Dans un premier temps il nous faut donc bien connaître l'enseignement officiel de l'Eglise. Nous nous fonderons pour cela surtout sur le "Catéchisme officiel" assez récemment paru (1998).

Tout d'abord Dieu est un être personnel qui a toujours existé, existera toujours et qui est donc éternel. Pour Dieu tous les moments du temps sont présents dans leur actualité. (§ 600)

Dieu est un être parfaitement libre. L'encyclique "Veritatis splendor" déclare que cette liberté est "la liberté totale, la pure liberté, la pleine liberté. (§ 17)

Il a créé librement, c'est-à-dire que la création n'avait rien de nécessaire; notre univers aurait pu ne pas être. (§ 296)

Dieu est un être omnipotent, c'est-à-dire tout puissant; c'est ce qu'indique le premier article du Symbole des apôtres, celui du credo de Nicée/Constantinople:

"Je crois en Dieu, le Père tout puissant, Créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible."

Tout ce que Dieu veut, il peut le faire . (Ps 115:3)

Le critère majeur de sa toute puissance est peut-être le fait qu'il a créé l'univers, de rien, (ex nihilo) ; on le voit, "rien n'est impossible à Dieu", comme l'a dit l'ange Gabriel à Marie (Luc 1:37).

Dieu est un être omniscient. Sa connaissance est donc universelle et absolue. Il a la connaissance, entre autres, de ce que nous appelons l'avenir (prescience). Il "connaît toutes choses" . (1 Jn 3:20)

Son éternité fait qu'il a tous les moments du temps, présents à l'esprit, si bien qu'il peut établir son dessein éternel de "prédestination" en incluant la réponse libre de chaque homme à sa grâce. (§ 600).

Rien de la moindre action des hommes ne peut échapper à Dieu "qui voit dans le secret". (Mat 6:6). "Toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux (Heb 4:13) et il sait tout ce que ses créatures libres produisent et produiront. (§ 302).

Dieu est infiniment bon et toutes ses œuvres sont bonnes. Dieu est amour (1Jn 4:8,16). Il est éternellement échange d'amour. (§ 221). Sa charité est immense. (§ 142).

L'amour de Dieu est comme l'amour d'un père pour son fils; mieux, il est plus fort que l'amour d'une mère pour ses enfants; plus fort que l'amour d'un époux pour sa bien aimée. (§ 219). Il est d'une "perfection surnaturelle". (§ 1827).

Dieu est sage et parfait. Sa Sagesse n'a pas de mesure. Finalement, l'attribut qui englobe et résume tous les autres est la perfection. Il est "infiniment parfait", encore cette expression n'est-elle que celle du pauvre langage humain dont l'extrême limitation n'épuise pas le mystère de Dieu. (§ 48).

Il convient maintenant d'insister sur l'acte créateur et ses finalités. En effet notre univers n'a pas toujours existé, il a donc eu un commencement ; il existe donc un temps 0 à partir duquel, de rien, du néant, est sorti quelque chose et à partir duquel commence le temps. (§ 296).

L'acte de création est un acte purement libre et Dieu a créé l'univers et nous a créés par pure sagesse et pur amour. (§ 27). "Dieu infiniment parfait et bienheureux en lui-même, dans un dessein de pure bonté, a librement créé l'homme pour le faire participer à sa vie bienheureuse". (§ 1).

Le monde a été créé pour sa gloire, non pour augmenter cette gloire mais pour la manifester et la communiquer. (§ 297, 337).

Dieu nous a mis au monde pour que nous puissions le connaître, le servir, l'aimer et ainsi gagner le paradis où le juste jouira de son "don gratuit" de béatitude. (§ 1721, 1722).

D'une façon générale toutes les œuvres de Dieu reflètent sa bienveillance, sa grâce, son amour. (§ 214).

Dans son omnivoyance des actes libres de ses créatures jusqu'à la fin des temps, Dieu a tout ordonnancé à ses fins. Ainsi, quoi qu'il arrive, il élévera les hommes "à la communion de sa vie divine". (§ 759).

Dieu a donc créé avec la vision totale de ce que serait sa création, ce qui est bien sûr approprié à ses attributs. Dans sa volonté créatrice étaient donc présents la chute en même temps que le rachat et ajoutons l'Eglise; le catéchisme précise bien que cette dernière fut "préfigurée dès l'origine du monde" (§ 579), et que l'intention divine salvatrice pour les hommes passe par l'Eglise. (§ 760).

Maintenant que nous connaissons mieux le Dieu créateur, voyons dans le livre de la Genèse ce que dit la Bible quant aux modalités de la création.

Gen 1,2: 4 détaille la création en six jours. Les végétaux apparaissent le troisième jour, les animaux le cinquième, et c'est au sixième jour que Dieu crée l'homme et la femme, avec mission de remplir la terre et l'assujettir, mais il n'est pas question ici du jardin d'Eden.

Gen 2: 4 à 3: 24 se rapporte essentiellement à l'homme depuis sa création jusqu'à son expulsion du jardin d'Eden suite à la faute originelle. Gen 2:7 nous apprend que la création de l'homme est directe, à partir de la matière inanimée: "Le Seigneur Dieu modela l'homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l'haleine de vie, et l'homme devint un être vivant".

Voyons maintenant ce qu'enseigne le Catéchisme au sujet de cet homme du paradis.

Dans la hiérarchie des créatures qui va du "moins parfait au plus parfait", l'homme "est le sommet de l'œuvre de la création". (§ 342, 343). Il est en effet le seul capable de connaître et d'aimer son créateur, le seul que Dieu a voulu pour lui-même et qui a été créé pour partager, par la connaissance et l'amour, la vie de Dieu. (§ 356).

Il est bien connu que pour l'Eglise, l'homme est un être à la fois corporel et spirituel, l'âme étant le principe spirituel. (§ 362). L'unité de l'âme et du corps est totale: "l'esprit et la matière dans l'homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature. (§ 365).

Contrairement à ce qu'avancent beaucoup de théologiens contemporains, la Tradition enseigne la création d'un homme unique, Adam, et d'une femme unique, Eve, créés l'un pour l'autre et formant une "unité à deux". (§ 371). Un "premier homme (§ 374) et une première femme sont donc à l'origine de l'humanité. Gen 3:20 précise qu'Adam "donna à sa femme le nom d'Eve, car elle est mère de tous les vivants.

Chacun sait que nos premiers parents furent placés dans un paradis symbolisé par le jardin d'Eden. Comme l'explique le concile de Trente, Adam et Eve furent constitués dans un état de "sainteté et de justice originelle." (§ 375).

Ces êtres bons (§ 374), en harmonie avec eux-mêmes et la création participaient, dans leur perfection originelle, à la vie divine. (§ 375).

Cette création allait être en devenir compte tenu de l'incitation reçue par nos premiers parents. (Gen1:28). L'harmonie parfaite voulue par Dieu ne perdura pas. Le péché de nos premiers parents, le péché originel, puisqu'il faut bien l'appeler par son nom, allait apparemment faire dévier le projet divin.

Le péché originel est aussi appelé "péché des origines" (§ 387), lui-même englobé dans le péché tout court défini comme un "abus de la liberté que Dieu donne aux personnes créées pour qu'elles puissent l'aimer et s'aimer mutuellement." (§ 387).

Dans la Genèse, le récit de la chute est considéré comme imagé mais il rend réellement compte d'un "fait qui a eu lieu au commencement de l'histoire de l'homme. La Révélation nous donne la certitude de foi que toute l'histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par nos premiers parents." (§ 390).

L'arbre de la connaissance du bien et du mal du jardin d'Eden veut marquer une mise à l'épreuve de la liberté de nos premiers parents. L'arbre symbolique traduit la dépendance que devait avoir le premier couple quant aux normes voulues par Dieu, et la nécessité qu'il y avait de les respecter puisqu' émanant d'un créateur infiniment bon.

"Le premier péché" (§ 397) est la conséquence d'un manque de confiance dans la sagesse et la bonté du créateur. C'est un péché d'orgueil. Le premier couple a voulu se donner la priorité, s'émanciper de Dieu, "être comme Dieu" et non "selon Dieu" (§ 398). "Cette première désobéissance" (§ 399) conduisit à la perte de la "sainteté originelle" et des privilèges qui y sont afférents. (§ 399).

Les conséquences personnelles de cette première faute furent, comme prévu, catastrophiques car la mort fit son entrée comme terme de la vie humaine et les conditions de vie paradisiaques s'éteignirent.

Les conséquences pour l'humanité tout entière ne furent pas moins grandes. Le péché originel a en effet contaminé toute la descendance d'Adam et Eve. On ne saurait mieux le dire qu'en faisant appel à l'apôtre Paul :
"Par la désobéissance d'un seul homme, la multitude (c'est-à-dire tous les hommes ) a été constituée pécheresse "(Rom 5:19).

"De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort est passée en tous les hommes , du fait que tous ont péché…" (Rom 5:12)

On le constate, l'enseignement du Catéchisme est clair, fidèle à l'enseignement séculaire de l'Eglise. Il considère le péché originel, répétons-le, comme une faute personnelle d'un homme et d'une femme, "au début de l'histoire de l'homme".

La profession de foi de Paul VI (1968) traduit bien la stabilité officielle du dogme depuis le concile de Trente .

Pour la théologie catholique le péché originel est censé résoudre l'épineux problème du mal qui est certainement la pire pierre d'achoppement . Pour St Augustin qui est à l'origine du dogme du péché originel, l'existence du mal n'entame pas la perfection des attributs divins. Dieu n'a créé que des choses et des êtres bons . Le premier couple était initialement parfait, placé dans un environnement parfait, paradisiaque. La responsabilité du mal est strictement humaine, il est la conséquence de la faute de nos premiers parents qui ont fait un mauvais usage de leur liberté. Le mal n'a rien d'imputable à un Dieu qui a simplement voulu des créatures libres.

Dans cette affaire, Dieu est donc d'une "innocence absolue" pour reprendre l'expression de Jacques Maritain. D'autant plus absolue que malgré l'échec de la liberté humaine, Il éradiquera le mal par la médiation de son fils rédempteur.

                                                                                      Bruno ALEXANDRE

 

* Les signes suivis d'un numéro renvoient au catéchisme de l'Église catholique, excepté le § 17 qui se réfère à l'encyclique "Veritatis splendor"

 

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