Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

 

   

Partie III

 

LE REJET DE LA FAUSSE SCIENCE ÉVOLUTIONNISTE

 

La théorie de l'évolution a donc renouvelé notre vision du monde et nous avons montré combien elle s'accorde peu avec la vision biblique. Avant de voir comment les théologiens tentent désespérément de s'y adapter, je voudrais raconter succinctement l'évolution historique de l'Eglise.

Darwin fut bien conscient du caractère révolutionnaire de sa pensée. Cela le fit hésiter aussi bien vis-à-vis des autorités scientifiques que des autorités religieuses. Il mit longtemps à se décider à publier sa théorie et ne le fit que pour devancer ses concurrents.

La parution de son œuvre maîtresse en 1859: "On the Origin of Species by means of Natural Selection", provoqua effectivement des réactions passionnées bien que Darwin n'ait pas cherché à être particulièrement provocateur puisqu'il cite encore le Créateur.

Ce n'est que plus tard qu'il s'exprime clairement sur l'homme avec "The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex". Bien que les notes de ses carnets indiquent de nettes options matérialistes dès 1837, il ne se déclare agnostique qu'en 1876.

Les réactions de l'Eglise furent catégoriques, l'origine animale de l'homme ne pouvait qu'être en contradiction avec la bible et la doctrine catholique. Dès 1860 le concile allemand de Cologne, annonciateur de l'esprit du grand concile Vatican I vis à vis de la science, s'oppose à la thèse darwinienne et ce n'est pas sans logique qu'il déclare:"Nos parents ont été créés par Dieu immédiatement. C'est pourquoi nous déclarons tout à fait contraire à l'écriture sainte et à la foi, l'opinion de ceux qui n'ont pas honte d'affirmer que l'homme, quant au corps, est le fruit de la transformation spontanée d'une nature imparfaite en d'autres de plus en plus parfaites jusqu'à la nature humaine actuelle".

Pie IX rejeta sans nuances le transformisme. Parurent de nombreuses publications anti-darwiniennes d'un niveau parfois lamentable. Le pape apprécia particulièrement "Moïse et Darwin. L'homme de la Genèse comparé à l'homme-singe ou l'enseignement religieux opposé à l'enseignement athée". L'auteur, Constantin James, fut félicité par le pape d'avoir si bien réfuté "les aberrations du darwinisme". Pie IX distinguait vraie science et fausse science; la vraie est celle qui se conforme à l'infaillible révélation divine, "étoile" qui doit guider le scientifique et "lumière" qui "aide à se préserver des écueils et des erreurs". Un conférence à Notre Dame ne disait-elle pas "nos mystères ne peuvent qu'éclairer vos sciences, et vos sciences ne peuvent qu'éclairer nos mystères". La science fut accuser de propager l'athéisme et le matérialisme.

En ce qui concerne l'origine de la terre on en restait à l'estimation, au milieu du XVIIème siècle, de l'archevêque Ussher: 4004 ans avant notre ère . Un calcul fait par un ex jésuite donnait à la terre, en 1863, un âge de 6000 ans et en 1899, "l'Ami du clergé", revue surtout lu par les clercs, évalue à 5021 ans le temps qui sépare Adam du temps de la captivité.

Il est très intéressant de lire les actes du concile Vatican I qui remet la science à sa place!

La constitution dogmatique sur la foi catholique "Dei Filius" énonce, dans le Chap. IV portant sur la foi et la raison, que l'Eglise "a reçu, en même temps que la charge apostolique d'enseigner, le commandement de garder le dépôt de la foi"et qu'elle a, "de par dieu le droit et le devoir de proscrire la fausse science." L'Eglise ne peut admettre que les sciences, "dépassant leurs frontières, elles n'envahissent ni ne troublent le domaine de la foi", précisant que "le sens des dogmes sacrés qui doit être conservé à perpétuité est celui que notre Mère,la Sainte Eglise, a présenté une fois pour toute, et jamais il n'est loisible de s'en écarter sous le prétexte et au nom d'une compréhension plus poussée." Ce que répète le canon IV , art. 3: "Si quelqu'un dit qu'il est possible que les dogmes proposés par l'Eglise se voient donner parfois, par suite du progrès de la science, un sens différent de celui que l'Eglise a compris et comprend encore, qu'il soit anathème." (Session III – 1870)

Léon XIII, successeur de Pie IX, fut plus libéral quant à son regard sur la science, ce pendant, fondamentalement, la situation théologique n'évolua guère. La prédication à Notre Dame reste réactionnaire: le chrétien possède la "science suprême"; il " ne craint rien de la fausse science, parce que toujours elle est confondue; rien de la vraie science, parce que toujours elle tombe d'accord avec la vérité."

La nouveauté fut la tentative de promotion d'une science chrétienne ou plutôt catholique. Avec le soutien de Léon XIII, MGr d'Hulst mit sur pied des congrès scientifiques internationaux catholiques. Au premier de ces congrès, en 1888, le transformisme fut rejeté comme "hypothèse gratuite". Notons aussi qu'une communication confirmait que Moïse était bien l'auteur du Pentateuque (les 5 premiers livres de l'AT), ce que les progrès de la critique textuelle mettait en doute. Au total, ces congrès, il y en eut 5 (de 1888 à 1900), furent plutôt orthodoxes. Il ne pouvait pas en être autrement, le pape souhaitant "une soumission absolu envers le siège apostolique de Saint Pierre". L'encyclique "Providentissimus Deus" (1893) rappelle que depuis le concile de trente il est bien clair que le dernier mot de l'exégèse appartient à l'Eglise et que toute idée est fausse "qui mettrait les auteurs sacrés en contradictions entre eux, ou qui serait opposée à l'enseignement de l'Eglise". Cependant, lors de ces congrès, des questions gênantes furent quand même traitées comme le problème des 6 jours de la création et, encore (!) du Pentateuque qu'une intervention lors du 4ème congrès (1887) n'attribuait plus à Moïse! Comme cela sentait trop le soufre, la section d'exégèse fut tout simplement fermée! Peu de temps avant sa mort, Léon XIII semble pourtant s'être un peu repris en créant une commission biblique internationale assez ouverte.

Mais avec la mort de Léon XIII, la timide ouverture vers les sciences fut sans lendemains. Pie X, à l'esprit obtus, allait entreprendre une véritable chasse aux sorcières pour étouffer les idées nouvelles et en rester à l'enseignement traditionnel des séminaires où dans les manuels bien pensants était écrit:"(l'inspiration) préserve l'écrivain sacré de toute erreur, non seulement de toute erreur dogmatique et morale, mais aussi de toute erreur historique ou scientifique". Le séminariste devait s'en tenir au concordisme; la bible s'accorde parfaitement avec l'histoire et la science.

Voilà où en était l'Eglise au début du XXème siècle! "Elle est, écrit G. Minois, un répondeur automatique, avec une bande enregistrée au XVIème siècle, voire au XIIIème". Mais l'Eglise comptait aussi des gens éclairés qui auront du mal à supporter le carcan romain et qui provoqueront "la crise moderniste". L'abbé Alfred Loisy fut la figure emblématique de ce modernisme que Pie X voua aux gémonies. Après une thèse sur l' AT, il fonde une revue: "L'enseignement biblique" où justement il se livre à des études critiques du livre de la Genèse. La réaction ne se fait pas attendre et malgré la bienveillance de Mgr d'Hulst, Rome retira à Loisy l'enseignement de l'exégèse. Cela ne calma pas Loisy, esprit peu arrangeant, au contraire! Et il continua, dans sa revue, à dénoncer les conceptions erronées : en premier lieu, le Pentateuque ne peut être l'œuvre de Moïse et il ne faut pas prendre au pied de la lettre , donc comme une histoire vraie, les récits de la Genèse et considérer que les livres saints, pour "tout ce qui regarde les sciences de la nature, ne s'élèvent pas au dessus des opinions communes de l'antiquité". Empêché par ses supérieurs de publier une étude sur la chronologie biblique, Loisy est obligé de quémander auprès du ministre de l'instruction publique une chaire à l'Ecole Pratique des hautes études qu'il inaugure rien moins qu'avec le problème ultra sensible de la Création: "La genèse et les mythes babyloniens".

Après la mort de Léon XIII on devine que le nouveau pape inflexible sur la doctrine séculaire de l'Eglise n'allait pas rester sans réagir; il fit mettre cinq de ses livres à l'index. Et ce qui devait arriver arriva, en 1908 Alfred Loisy fut excommunié.

J'ai insisté sur Alfred Loisy, mais bien d'autres subirent les foudres du Vatican. Par exemple, un homme du sérail, le dominicain M.J. Lagrange. Il avait anticipé, et ce fut là son tort, les interprétations modernes; Il avait en effet compris, surtout après avoir bien jaugé sur place la géographie du Sinaï, que le Pentateuque ne pouvait être un livre ordinaire d'histoire. Il fonda en 1890 l'Ecole Biblique de Jérusalem et la Revue Biblique en 1892 dans laquelle il annonçait en 1900 un projet de commentaire de la bible. Il comptait, en toute logique, commencer par la Genèse qu'il interprétait (Ô crime impardonnable) métaphoriquement. Le sujet étant des plus sensibles, sa hiérarchie, aussi bien dominicaine que romaine l'en dissuada et préféra le livre des Juges moins compromettant. La publication de la Genèse fut donc repoussée et finalement interdite par Pie X. Le dominicain précurseur fut aussi interdit d'étude de l'Ancien Testament et en 1912 la congrégation consistoriale adressa un blâme public au Père Lagrange accusé de trop flirter avec le rationalisme.

On doit reconnaître un courage peu commun (un peu masochiste diront les mauvaises langues) à ce savant dominicain qui, malgré les vexations, demeura au service de l'Eglise. Cette Eglise qui décidément n'a pas peur d'être tuée par le ridicule puisqu'aujourd'hui Jean Paul II, qui n'est pas à une repentance près, propose de béatifier l'ancien persécuté.

Il faudrait parler aussi de G. Tyrell, de Laberthonnière, d'A Houtin et même de Bergson! Joseph Turmel mérite une mention particulière vu l'ampleur de son érudition. Restant dans l'Eglise bien qu'ayant perdu la foi dès 1886, il fut dénoncé, dut donner sa démission et remettre ses manuscrits: 23 cahiers de 5000 lignes furent livrés aux flammes "pour la plus grande gloire deDieu". Sous Pie X il publie, entre autres, sous le manteau, une "histoire du péché originel". Il écrira plus tard une monumentale "Histoire des dogmes" après avoir été frappé , en 1930, d'une excommunication majeure, victime, selon ses mots, de "l'école du mensonge". Enfin je nommerai aussi un autre grand érudit qui fut poussé à devenir rationaliste à cause de cette atmosphère délétère: Prosper Alfaric. Lui aussi subit l'excommunication majeure en 1932.

*

Pie X a fait régner sur ses ouailles une véritable terreur intellectuelle par son décret "Lamentabili sane exitu" (voir référence 1)  et peu après, par son encyclique "Pascendi dominici gregis"(1907). [voir référence 2]

"Lamentabili" est un véritable second syllabus qui en 65 articles veut tordre le cou aux lumières modernes. Je retiendrai quelques condamnations qui concernent plus spécialement les problèmes qui nous préoccupent. Sont réprouvées les affirmations suivantes:

V: "Le dépôt de la foi ne contenant que des vérités révélées, il n'appartient sous aucun rapport à l' Eglise de porter un jugement sur les assertions des sciences humaines."

IX: "Ceux-là font preuve de trop grande simplicité ou d'ignorance qui croient que Dieu est vraiment l'Auteur de la Sainte Ecriture."

XI: "L'inspiration divine ne s'étend pas de telle sorte à toute l'Ecriture Sainte qu'elle préserve de toute erreur toutes et chacune de ses parties."

XXII: "Les dogmes que l'Eglise déclare révélés ne sont pas des vérités descendues du ciel, mais une certaine interprétation de faits religieux que l'esprit humain s'est formé par un laborieux effort."

LVII: "L'Eglise se montre hostile aux progrès des sciences naturelles et théologiques".

LXIV: "Le progrès des sciences exige que l'on réforme les concepts de la doctrine chrétienne sur Dieu, sur la Création, sur le révélation, sur la personne du Verbe incarné, sur la rédemption".

LXV: "Le catholicisme d'aujourd'hui ne peut se concilier avec la vraie science à moins de se transformer en un certain christianisme non dogmatique, c'est-à-dire un protestantisme large et libéral".

"Pascendi dominici gregis" est sur le même ton. Les sectateurs de la "fausse science" sont quasiment insultés, ce qui est exceptionnel dans le langage habituellement châtié des encycliques. Une litanie de termes indélicats (qui offensent la charité chrétienne!!) pleuvent sur les modernistes: "imprégnés jusqu'aux moelles d'un venin d'erreur – insidieux – pervers - prétentieux - perfides – pernicieux - gonflés d'esprit de vanité ainsi que des outres – etc ". Bref de toute cette cuisine moderniste se dégage "une atmosphère pestilentielle".

Les sciences de l'exégèse sont ridiculisées. De leurs "chaire de pestilence" avec leur philologie, leur histoire, leur critique interne, leur critique textuelle qui leur viennent de l'agnosticisme, ces modernistes ont "l'audace inouïe" de se croire plus forts que les Pères d'antan. Bref une bonne volée de bois vert!

L'encyclique défend aussi la thèse que foi et science se complètent. La science ne peut prétendre avoir un domaine propre, de même que la foi aurait le sien. Cet erreur moderniste ne manquerait pas de conduire à l'athéisme. Fondamentalement, il ne peut y avoir contradiction entre raison et foi, entre la science et ce que Dieu révèle et dans l'ordre hiérarchique la science ne peut être que servante de la vérité divine.

L'orthodoxie, à la fin du règne de Pie X est celle des conférences de Mgr Gibier: la vraie science ne fait que confirmer la lettre de la bible, "le dernier mot des sciences modernes a fini par n'être pas autre chose que le premier mot de la Genèse.". Le Mgr dit faire partie des catéchistes des peuples, il se place dans le groupe de tête des "docteurs de ce monde" enseignant la "science sacrée" !

Pour mémoire seulement, car cela sort de notre centre d'intérêt, je rappellerai que la répression papale qui s'est exercée vis-à-vis des sciences, s'est de même façon abattue sur les initiatives nouvelles en matières sociales. Les promoteurs du "Sillon" formation dirigée par Marc Sangnier, oeuvrant pour un christianisme à finalité démocratique et sociale tourné vers le syndicalisme et l'éducation populaire, furent brisés par décision de Pïe X qui ne pouvait pas tolérer une nette prise d'indépendance vis-à-vis des autorités hiérarchiques.

Insistons, pour terminer, sur un point d'exégèse qui est un exemple emblématique de la fausse infaillibilité de l'Eglise en matière de foi. Etait censé faire partie du canon biblique depuis toujours un verset de Jean en faveur du dogme de la trinité. Il s'agit d'un passage de l'épître de Jean: I Jn 5:8 "car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel: le Père, le Verbe, et l'Esprit saint, et ces trois sont un; et ils sont trois à rendre témoignage sur la terre." Depuis le XVIème siècle ce verset était suspectée d'inauthenticité et à la fin du XIXème il apparaissait quasiment comme certain qu'il était une falsification. Mais Léon XIII dans son encyclique "Providentissimus", venait de rappeler l'inerrance de la bible! La sacrée congrégation du St Office (anciennement Sacrée congrégation de l'Inquisition universelle) déclara en effet qu'il était interdit de douter de la véracité de ce verset. Or aujourd'hui la Congrégation pour la doctrine de la foi reconnaît que le passage est un faux. Le responsable est un disciple de Priscillien, copiste reconnu même hérétique! Alors maintenant que penser du Magistère infaillible de l'Eglise, maîtresse de la canonicité de la Bible, et de la toute puissance de l'Esprit saint qui l'inspire!!…Eh bien il faut en penser ce qu'en pensait Renan, que l'Eglise est une imposture et que l'excuse du Dieu inspirateur est de ne pas exister. Car dans ce système de vérités venant d'en haut il suffit que la moindre brique soit un faux pour que tout l'édifice s'écroule. Or les sciences aujourd'hui n'en sont plus à gangrener les briques mais les voilà qui font se fissurer les piliers!…

Revenons à l'évolution; en 1907 le Père Monsabré qui manifestait pourtant quelques timides sympathies pour elle, n'hésitait quand même pas à écrire: "Plus on étudie la théologie, plus on se convainc qu'elle est la reine des sciences. La scolastique est son sceptre, la mystique est son diadème".

Pie X fut l'âme d'une volonté - qu'on est bien obligé de qualifier d'obscurantiste – de mettre la lumière sous le boisseau. Une liste impressionnante d'œuvres furent mises à l'index (en d'autres temps elles eussent été brûlées). Dans les séminaires l'enseignement des sciences naturelles fut limité. Les candidats au sacerdoce durent prêter un "serment anti-moderniste". Bref l'Eglise condamnait non seulement la thèse évolutionniste mais aussi toutes les tentatives d'exégèse scientifique tout en opposant la vraie science à "la science mensongère du temps", expression que l'on relève dans la dernière allocution de son pontificat, peu de temps avant sa mort. (1914) .

Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas que G. Minois, historien pourtant catholique, n'hésite pas à se poser cette question: "la sainteté de Pie X, aurait-ce été son héroïsme à défendre l'indéfendable?".

Je mentionnerai maintenant quelques questions suscitées, chez les croyants critiques, par les sciences nouvelles au cours des 15 premières années du XXème siècle. Questions concernant les sciences naturelles et l'exégèse et dont certaines mettent le doigt sur des problèmes concernant notre sujet.

  • Pourquoi le livre de Darwin n'a-t-il pas été mis à l'index?
  • Comment la nature peut-elle sélectionner? Elle est aveugle, incapable de jugement!
  • Le transformisme darwinien suppose des êtres de transition or on n'en connaît pas!

Après que l'on en eut découvert: prouvent-ils formellement une évolution? (Il peut s'agir d'un homme primitif qui n'a rien d'animal).

  • Pourquoi après tout (pour les plus audacieux) Dieu n'aurait-il pas insufflé une âme humaine à un corps d'origine animale?

Sur cette voie quelques esprits conciliateurs sont même allés très loin; Il faut rendre ici hommage au Père Leroy, dominicain qui voulait concilier le Darwinisme et le thomisme, ne retenant que l'essentiel de la création: l'insufflation de l'âme.
« II en sera, je crois, a-t-il écrit, de l'idée évolutionniste comme de celle de Galilée; après avoir effarouché d'abord les orthodoxes, quand une fois l'émotion sera calmée, la vérité, dégagée de toute exagération de part et d'autre, finira par se faire jour. Alors on saura gré peut-être à un religieux de n'avoir pas craint de bien augurer de son avenir. Sachons rendre à César ce qui est à César, afin d'inviter César, à son tour, à rendre à Dieu ce qui revient à Dieu. " Rome ne l'entendit pas de cette oreille! Leroy dut faire acte d'allégeance en se rétractant.»

  • Comment accorder alors cet homme primitif des cavernes avec les qualités intellectuelles et morales d'Adam

Des questions témoignaient de la montée du doute quant à l'interprétation littérale des textes bibliques:

  • Qu'adviendra-t-il si les premiers chapitres de la Genèse ne sont pas paroles de vraie science; ne sont pas à interpréter littéralement?

[ Quand, plus tard, les découvertes archéologiques imposèrent la mise en doute de la lettre du texte de la Genèse sur la création, on trouvera un texte rassérénant: "Pour Dieu, mille ans sont comme un jour!" ]

  • Les rédacteurs de la bible n'ont-il pas été influencés par les connaissances de leur temps? Par les mythes babyloniens par exemple dans le cas de la Genèse?
  • L'histoire du fruit défendu du jardin d'Eden n'est-il pas allégorique?
  • Tous les faits des récits rapportés dans la bible sont-ils toujours historiques ?

Les gardiens de l'austère orthodoxie ont eu bien du mal à faire face! Après la mort de Pie X et la période troublée de la première guerre mondiale, l'infaillible enseignement traditionnel allait recevoir un énorme coup de boutoir venant du sein même de la maison, puisque qu'émanant d'un jésuite, j'ai nommé Teilhard de Chardin.

Il n'est pas question ici de parler longuement de cet "hérétique" mais simplement de le solliciter juste dans la mesure de notre objet d'étude.

C'est à propos du péché originel qu Teilhard de Chardin a commencé à attirer la suspicion de ses supérieurs; Etant entré de plain pied dans la science moderne, il n'a pas fait, il est vrai, dans la nuance, en écrivant une "Note sur quelques représentations historiques possibles du péché originel". (1922). Il y montre que pour s'accorder aux connaissances modernes il s'avère nécessaire de s'éloigner des représentations anciennes car la préhistoire ne cautionne pas les figures traditionnelles d'Adam et Eve dans leur coin privilégié de terre paradisiaque. Exit donc le couple originel et le monogénisme qui y est lié. Et Teilhard propose ses vues tout à fait originales et donc tout à fait inacceptables, pour la lettre du dogme ambiant. Le couperet était inévitable. Rome l'obligea à renier ses dires sur le péché originel et lui retira sa chaire de l'Institut catholique. On doit considérer que même aujourd'hui, Teilhard de Chardin , malgré quelques généreux compliments, n'a pas été réhabilité. Hors du statut quo dogmatique, pas de salut!

Nous terminerons par l'attitude de Pie XII qui s'est exprimé dans l'encyclique "Humani generis".(1950). [référence 3] Il fut certainement plus ouvert aux sciences que ses prédécesseurs mais cela ne l'empêcha pas de rester très frileux sur le plan dogmatique. Ayant occulté sans doute l'affaire Galilée, il regarda avec sympathie les progrès de l'astrophysique, avec les yeux de Chimène même , car cela l'arrangeait et paraissait amener de l'eau à son moulin. La théorie de l'expansion de l'univers qui donnait à ce dernier une histoire, donc un nécessaire commencement, l'enthousiasma car elle faisait un clin d'œil à la Genèse: " Il semble, en vérité, que la science d'aujourd'hui, remontant d'un trait des millions de siècles ait réussi à se faire le témoin de ce fiat lux initial…".

En ce qui concerne la théorie de l'évolution biologique la réserve est de règle; Il est concédé que le corps humain puisse provenir "d'une matière déjà existante et vivante", mais le corps seulement. En aucune façon l'esprit peut émerger de la matière. L'unicité d'Adam littéralement premier père de l'humanité, ce qui implique le monogénisme, est réaffirmé sans ambiguïté de même que le traditionnel péché originel; répétons la citation de Pie XII déjà donnée à la fin de la deuxième partie:

"Mais quand il s'agit d'une autre vue conjecturale qu'on appelle le polygénisme, les fils de l'Église ne jouissent plus du tout de la même liberté. Les fidèles en effet ne peuvent pas adopter une théorie dont les tenants affirment ou bien qu'après Adam il y a eu sur la terre de véritables hommes qui ne descendaient pas de lui comme du premier père commun par génération naturelle, ou bien qu'Adam désigne tout l'ensemble des innombrables premiers pères. En effet on ne voit absolument pas comment pareille affirmation peut s'accorder avec ceque les sources de la vérité révélée et les Actes du magistère de l'Église enseignent sur le péché originel, lequel procède d'un péché réellement commis par une seule personne Adam et, transmis à tous par génération, se trouve on chacun comme sien ".

Il est rappelé par ailleurs que les onze premiers chapitres de la Genèse appartiennent "au genre historique en un sens vrai" Une obsession dans cette encyclique est le statut du dogme;

Pie XII s'èlève contre ceux dont la philosophie à "l'existence éphémère comme la fleur des champs" fait "du dogme lui-même quelque chose comme un roseau agité par le vent". Le "relativisme dogmatique" est un mal. La règle d'or est "que le Christ a confié (le dépôt de la foi) pour en assurer l'interprétation authentique, (…) au seul magistère de l'Eglise". La sainte Ecriture, dit Pie XII est le "fondement de nos sciences sacrées". Savants et théologiens peuvent discuter des conjectures de l'évolution à condition qu'"in fine" "tous soient prêts à se soumettre au jugement de l'Eglise".

 Des conseils sont donnés pour l'interprétation des écritures. Leur vérité ne se limite pas aux données morales et religieuses et il est nécessaire de tenir compte de la tradition, d'autre part il n'y a pas lieu de démolir l'exégèse littérale par un exégèse symbolique et de distinguer un sens divin et un sens humain dans les textes.

Bref, les avancées par rapport au début du siècle sont minces et dans son dernier grand discours (1957) Pie XII se croit toujours au dessus de la science : "Toute acquisition de la science, dit-il, se situe sur un plan inférieur aux fins absolues de la destinée personnelle de l'homme…".

Il nous reste à examiner maintenant comment les théologiens contemporains essaient, héroïquement, d'assimiler

les indigestes (pour eux!!) fruits de la science.

Bruno ALEXANDRE

NB: AT signifie Ancien Testament

      

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