Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

 

 

 

CONCLUSION

 

    Au terme de cette étude il faut en souligner le caractère partiel. Ainsi nous n'avons fait qu'effleurer l'exégèse scientifique qui a fait basculer la façon ancienne d'interpréter les textes bibliques, objet pourtant d'affirmations catégoriques dans les encycliques et conciles. Même le canon biblique, solennellement défini a été, pour certains textes, remis en cause suite à leur étude scientifique.

D'une vision concordiste et historicisante, on est passé à une vision allégorique et théologique. Les anticipateurs de cette évolution ont été excommuniés ou mis sur la touche; il est donc évident que les papes qui ont sévi n'étaient pas inspirés par l'Esprit Saint.

Nous avons laissé de côté les progrès de l'archéologie qui, avec les autres sciences, est venue saper des certitudes qui étaient implicitement considérées comme définitives. C'est ainsi que toute l'histoire des patriarches est tombée au rang de "préhistoire pieuse d'Israël". On doute même aujourd'hui de l'historicité de Moïse!… et de bien d'autres personnages ou faits. (Cf « La bible dévoilée de I. Finkelstein et N. A. Silberman) Ce qui, pendant des siècles, avait été considéré comme historique ne cesse de se rétrécir comme peau de Chagrin.

De tous côtés la science atteint les fondamentaux du système chrétien et L'Eglise catholique, quant à elle, présente maintenant un profil bas. De sa prétention à superviser une science catholique elle est passée à l’affirmation d’une spécificité des domaines, la théologie d’un côté, la science de l’autre. L'attitude offensive a donc cédé la place à une attitude défensive. Cette évolution, marquée par des reniements, essentiellement au cours du dernier siècle, devrait la faire réfléchir L’Eglise sur sa légitimité, c'est-à-dire sa soi-disant inspiration d'origine divine.

Quand des actes officiels du magistère se trouvent démentis par les progrès de la connaissance scientifique, cela prouve que cette dernière est supérieure à l'inspiration qui a guidé la rédaction des dits textes officiels. C'est dire tout simplement que ces textes sont, comme tous les autres, de pures productions humaines dans lesquels Dieu n'a absolument rien à voir.

La question du péché originel le démontre lumineusement comme nous l'avons vu car nous avons affaire ici à un dogme que l'Eglise a défini comme vérité intangible, inatteignable par le temps. Or la science est en train de néantiser ce dogme par ses découvertes sur l'homme.

Nous avons vu que les tentatives actuelles de sauver ce dogme ne peuvent être pertinentes car elles impliquent des changements de concepts qui ne touchent pas seulement la forme mais aussi le fond. Le concept nouveau d'Adam par exemple n'a plus rien à voir avec celui qui a régné jusqu'au 20ème siècle. Or dans un dogme le fond ne peut pas changer sans que ce dogme s'écroule de facto.

D'ailleurs, même si nous admettions que les nouvelles formulations n'apportent que des changements formels, nous tomberions dans d'autres incohérences dogmatiques présentant la même gravité.

Insistons, au risque de nous répéter. Si l'humanité, telle qu'on se la représente aujourd'hui, a péché à un moment donné, cela, implique nécessairement que Dieu a présenté à cette humanité, d'une façon ou d'une autre un code de vie à suivre. Pas de péché, en effet sans quelques lois ou préceptes à respecter.

Alors quelle humanité préhistorique a péché? On ne peut nier à l'homme du paléolithique supérieur, celui des grottes de Lascaux ou de Chauvet, la qualification d'homme. Peut-on alors penser, sans tomber dans le ridicule, que Dieu se soit révélé à ces populations humaines, leur donnant, ou inscrivant dans leur cœur, bien avant Moïse, quelques tables de la loi pour les tester?

Malgré la finesse de leur conscience et la qualité de leur liberté, ces hommes était encore bien démunis face à leur énigme et celui de leur environnement naturel. Leurs connaissances étaient encore bien rudimentaires. Dieu, dans ces conditions, a-t-il vraiment cru que la vertu triompherait?…Non tout cela ne tient pas. La théologie moderne considère finalement Dieu comme un ingénu qui aurait cautionné une création progressive de l'humanité absolument incapable de relever un défi moral , au moment choisi. En acceptant l'évolution biologique, la théologie fait de Dieu un monstre moral car , dans ce paradigme, tout marché de Dieu avec l'homme, ne pouvait s'avérer n' être qu' un marché de dupes, quand bien même on choisirait la date de ce marché, tardivement, sur l'échelle des temps géologiques.

Les connaissances scientifiques sur l'homme sonnent donc le glas du dogme du péché originel et cela entraîne des conséquences d'une extrême gravité, toujours sur le plan dogmatique. En effet, est atteint le dogme traditionnel et central de la rédemption qui jusqu'au 20ème siècle a été présenté comme le contrepoint de la chute originelle. Et là aussi, même si l'on acceptait la survalorisation actuelle de l'incarnation comme clé de la création, on retrouverait aussitôt, le Dieu monstre moral dont je parlais, car comment raisonnablement imaginer un Dieu, avec les attributs qu'on lui connaît, capable de concevoir le dessein si tortueux d'une lente et douloureuse création, légitimant, en toute connaissance de cause, douleurs et souffrances et de plus la cruauté du sacrifice d'un fils, unique, pour que la félicité et la perfection finales voulues soient atteintes?

Si deux dogmes de cette importance s'écroulent (un seul suffirait d'ailleurs), tout s'écroule, et l'Eglise catholique devient, comme toutes les autres, une institution purement humaine, avec toutes les faiblesses et imperfections humaines.

   

* * *

Je voudrais maintenant terminer sur ce qui me semble le plus décisif quant à la question de croire ou de ne pas croire: la question du mal étroitement liée aux dogmes étudiés.

J'ai déjà traité de ce problème dans le cadre des conceptions traditionnelles de l'Eglise, dans le chapitre VIII de mon essai "Eglise qu'as-tu fait de l'Evangile de la vie?". J'ai montré que l'existence du mal sous ses formes les plus radicales du mal absolu (souffrances des enfants) parlait contre l'existence de Dieu. Je n'y reviendrai pas (Voir le texte 6). Par contre il s'agit à présent d'envisager, succinctement, la même question dans le cadre des conceptions modernes voulant intégrer le fait de l'évolution biologique.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, avec Teilhard de Chardin comme initiateur, l'acceptation de la conception évolutive innocente encore moins bien Dieu du mal de ce monde que la conception traditionnelle (et je laisserai de côté la question de l'enfer, autre exemple d'un total revirement doctrinal).

La conception classique en effet avait l'avantage apparent de faire porter la responsabilité du mal sur l'homme initialement parfait ayant fait un mauvais usage de sa liberté. Mais si Dieu n'a pas créé d'emblée un premier homme parfait et une première femme parfaite, il lui aura donc fallu plus de 3 milliards d'années (les plus anciens fossiles ont cet âge) pour créer des hommes imparfaits, la perfection survenant dans un laps de temps inconnu, à la fin du monde dont Dieu seul sait le jour et l'heure. Une telle durée pour un résultat si douteux ne manque pas de surprendre et d'être choquante au vu des attributs que l'Eglise donne à son maître. Il y a une nette impuissance divine ou tout au moins une limitation du pouvoir de créer s'il lui faut tant de temps à réussir un être humain à partir de la matière inanimée.

En tout cas nous devons croire que Dieu a voulu, à moins qu'il ait créé dans un moment d'inconscience, ce processus évolutif; et il l'a voulu en toute connaissance de cause, comme il sied à sa nature, ne pouvant pas ne pas savoir la somme de maux et de souffrances que cela coûterait à l'homme. L'humanité primitive est loin en effet de s'être trouvée dans un paradis! Si donc Dieu a voulu ce plan, il s'en suit immédiatement qu'il est responsable du mal, puisque le mal dans cette optique est nécessairement lié à une évolution vers le parfait. On ne peut donc plus dire, comme dans la conception ancienne que Dieu n'a pas voulu le mal mais l'a simplement permis.

A mon sens, la théologie moderne conduit l'Eglise à une impasse! Elle la conduit à devenir hérétique, de par ses propres critères et cela parce qu' elle implique un Dieu impuissant et mauvais !

Le théologien voulait séparer le pourquoi et le comment, l’origine et le commencement. (voir partie IV), alors devant le comment, explicité par la science, il reste au prétendant à la foi à se poser la question du pourquoi. Pourquoi, au point origine, visant la fin parfaite, Dieu a-t-il voulu ce mécanisme évolutif si coûteux en souffrances pour l’homme et pour Lui aussi (son fils Jésus) ?

Obligatoirement la quête sensée de Dieu doit passer par la résolution du problème du mal et si le mal apparaît nécessaire cela ne peut être rationnellement conciliable avec les attributs divins annoncés.

La réflexion sur le problème du mal conduit donc à la conclusion de l'irrationalité de la foi qui se trouve être aussi un défi à la morale. Bien sûr, libre à quiconque d'opter pour la croyance, mais il faut alors avoir le courage intellectuel d'assumer ce qu'elle implique.

 

                        Bruno ALEXANDRE

 

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