Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale
Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal - La Morale

Teilhard de Chardin et le Mal

 

 

1          "Dans un organisme aussi vaste que l'univers, une multitude de bonnes volontés et de ressources demeurent sans usage, et une foule d'avortements est le prix de quelques réussites. Les obscurs, les inutiles (il y aurait donc pour un croyant des hommes inutiles!!!) les manqués doivent se réjouir dans la supériorité des autres dont ils soutiennent ou paient le triomphe."

 

(Ecrits du temps de la guerre)

 

2          "L'important, après tout, n'est-il pas d'être uni à Dieu, et de suivre, quels qu'ils soient, les mouvements qu'Il nous impose?- et n'est-il pas aussi béatifiant de sentir l'influence de Celui qu'on aime se faire sentir pour nous diminuer 'dans un dessein de sagesse) que pour nius grandir? – Pour reprendre les mots de Blondel…"l'action d'autrui en nous" se manifeste davantage dans la souffrance que dans la jouissance, et donc aussi la joie qui en résulte."

 

(Genèse d'une pensée)

 

3          "La jouissance et les épanouissements sont indispensables à l'éveil et à l'entretien du goût mystique. Mais leurs exaltations réunies ne valent pas le froid d'une déception pour nous faire éprouver que seul vous êtes solide, ô mon Dieu. – C'est par la douleur, et non par la joie, que votre Divinité acquiert peu à peu dans notre faculté de sentir, la Réalité supérieure qu'elle possède dans la nature des choses…"

 

(Ecrits du temps de la guerre.)

 

4          "…Il faut, dans la souffrance du mal contracté, dans le remords de la faute commise, dans l'irritation de l'occasion manquée, s'être forcé à croire sans hésiter que Dieu est assez fort pour convertir ce mal en bien…" (fort pour convertir le mal en bien mais faible pour éviter le mal! –pourquoi sa force alors n'as-t-elle pas voulue le bien tout de suite?)

 

(Ecrits du temps de la guerre)

 

5          "Evidemment, c'est là le sens précis et profond de la croix: l'obéissance, la soumission à la loi de la vie. Travailler patiemment jusqu'à la mort, et accepter tout amoureusement, la mort inclusivement: voilà l'essence du Christianisme."

 

(Genèse d'une pensée.)

 

6          "Distinguons soigneusement deux phases dans l'établissement, autour de nous, de la volonté de Dieu, c'est-à-dire dans l'animation des causes secondes par l'influx du Christ universel. En soi, immédiatement, les servitudes du Monde, — celles surtout qui nous gênent, nous diminuent, nous tuent,— ne sont pas divines, ni aucunement voulues de Dieu. Elles représentent la part d'inachèvement et de désordre qui gâte une création non encore parfaitement unifiée. Et, à ce titre, elles déplaisent à Dieu ; et Dieu dans un premier temps,

lutte avec nous (et en nous) contre elles. Un jour il en triomphera. Mais, parce que la durée de nos existences individuelles est sans proportions avec la lente évolution du Christ total, il est inévitable que nous ne connaissions pas, au cours de nos jours terrestres, la victoire finale. "

 

(Science et Christ, "Mon univers")

 

7          "Il faut absorber le mal dans un excès de fidélité"

 

(Lettre à Edouard Leroy)

 

8          De l'utilité de la souffrance

"Pour un observateur parfaitement clairvoyant, et qui regarderait depuis longtemps, de très haut, la Terre, notre planète apparaîtrait d'abord bleue de l'oxygène qui l'entoure ; puis verte de la végétation qui la recouvre ; puis lumineuse —   lumineuse — de la Pensée qui s'intensifie à sa surface ; mais aussi sombre — toujours plus sombre— d'une souffrance qui croît en quantité et en acuité au même rythme que monte la Conscience, au

cours des âges.

A chaque instant la souffrance totale de toute la Terre !... Si seulement nous pouvions, cette grandeur redoutable, la recueillir, la cuber, la peser, la nombrer, l'analyser, quelle masse astronomique ! quelle somme effrayante ! et, depuis la torture phy-

sique jusqu'aux angoisses morales, quel spectre raffiné de nuances douloureuses ! Et si seulement ,aussi, par le jeu d'une conductibilité soudain établie entre les corps et les âmes, toute la Peine se mêlait à toute la Joie du Monde, qui peut dire de quel côté se fixerait l'équilibre : du côté de la Peine, ou du côté de la Joie ?...

Oui, plus l'Homme devient homme, plus s'incruste et s'aggrave - dans sa chair, dans ses nerfs, dans son esprit — le problème du Mal : du Mal à comprendre et du Mal à subir.              

A ce problème, il est vrai, une meilleure perspective de l'Univers où nous nous trouvons pris est en train d'apporter un commencement de réponse. Au sein du vaste processus d'arrangement d'où émerge la Vie, tout succès, nous nous en apercevons, se paie nécessairement d'un large pourcentage d'insuccès. Point de progrès dans l'être sans quelque mystérieux tribut de larmes, de sang et de péché. Pas étonnant dès lors si, autour de nous certaines ombres s'accentuent en même temps que grandit la lumière : puisque, de ce point de vue, la   douleur,     sous     toutes     ses     formes     et     à     tous     ses degrés, ne serait (au moins partiellement) qu'une suite   naturelle   du   mouvement   même   par   lequel nous sommes engendrés!

Ce mécanisme complémentaire de Bien et de Mal, sous l'évidence d'une expérience universelle, nous       commençons à l'admettre abstraitement, dans notre tête. Mais pour que, à cette dure loi de la Création, notre cœur se plie sans révolte, n'est-il pas psychologiquement nécessaire qu'au déchet douloureux de l'opération qui nous forme, nous découvrions par surcroît quelque valeur positive qui le rende définitivement acceptable, en le transfigurant?

Sans doute. Et c'est ici qu'intervient, dans son rôle irremplaçable, l'étonnante révélation chrétienne d'une souffrance transformable (pourvu qu'elle soit bien acceptée) en expression d'amour et en principe d'union. La souffrance d'abord traitée en adversaire qu'il s'agit de défaire ; la souffrance vigoureusement combattue jusqu'au bout ; et cependant, en même

temps, la souffrance rationnellement et cordialement reçue dans la mesure où, en nous arrachant à notre égoïsme et en compensant nos fautes, elle est capable de nous sur-centrer sur Dieu.

Oui, l'obscure et repoussante souffrance elle-même, érigée pour le plus humble patient en principe suprêmement actif d'humanisation et de divinisation universelles : telle se découvre à sa cime la prodigieuse énergétique spirituelle, née de la Croix, dont les pages qui suivent s'attachent à décrire entre mille autres cas semblables, un exemple concret.

            Lumineusement, chez celle dont Monique Givelet présente ici, au nom de l'Union catholique des malades, le visage intérieur, les caractères et les effets se détachent auxquels se reconnaît une authentiquement bonne souffrance. Affinement persistant du sens critique et appréciation toujours mieux équilibrée des valeurs humaines. Soin héroïque à réagir jusqu'à la fin, avec le sourire, contre toutes les passivités qui assiègent le malade. Sensibilisation croissante du cœur à la joie et à la peine des autres. Renforcement et simplification lucides de toute réalité au sein de l'omniprésence divine. Tout cela se combinant en un singulier pouvoir d'attraction pacifiante, rayonnant comme une auréole.

Un surcroît d'Esprit naissant d'un défaut de Matière.

Oui, vraiment le miracle, constamment renouvelé depuis deux mille ans, d'une Christification possible de la Souffrance...

O Marguerite, ma sœur, pendant que, voué aux forces positives de l'Univers, je courais les continents et les mers, passionnément occupé à regarder monter toutes les teintes de la Terre, vous, immobile, étendue, vous métamorphosiez silencieusement en lumière, au plus profond de vous-même, les pires ombres du Monde.

Au regard du Créateur, dites-moi, lequel de nous deux aura-t-il eu la meilleure part ?

 

(Préface du R. P. Teilhard de Chardin à "L'Energie spirituelle de la souffrance de Margueriet-Marie Teilhard de Chardin)

 

9          Teilhard de Chardin et l'enfer

 

Votre Révélation, Seigneur, m'oblige à croire davantage. Les puissances du Mal, dans l'Univers, ne sont pas seulement une attraction, une déviation, un signe « moins », un retour annihilant à la pluralité. Au cours de l'évolution spirituelle du Monde, des éléments conscients, des Monades, se sont librement détachés de la masse que sollicite votre attrait. Le Mal s'est comme incarné en eux, « substantialisé » en eux. Et maintenant, il y a, autour de moi, mêlés à votre lumineuse Présence, des présences obscures, des êtres mauvais, des choses malignes. Et cet ensemble séparé représente un déchet définitif et immortel de la genèse du Monde. Il y a des ténèbres, non seulement inférieures, mais extérieures. Voilà ce que nous dit

l'Evangile.

Mon Dieu, parmi tous les mystères auxquels nous devons croire, il n'en est sans doute pas un seul qui heurte davantage nos vues humaines que celui de la damnation. Et, plus nous devenons hommes, c'est-à-dire conscients des trésors cachés dans le moindre des êtres et de la valeur que représente le plus humble atome pour l'unité finale, plus nous nous sentons perdus à l'idée de l'enfer. Une retombée dans quelque inexistence, nous la comprendrions encore... Mais une éternelle inutilisation, et une éternelle souffrance !...

Vous m'avez dit, mon Dieu, de croire à l'enfer. Mais vous m'avez interdit de penser, avec absolue certitude, d'un seul homme, qu'il était damné. Je ne chercherai donc pas ici à regarder les damnés, ni même, en quelque manière, à savoir qu'il en existe. Mais acceptant, sur votre parole, l'enfer, comme un élément structurel de l'univers, je prierai, je méditerai, jusqu'à ce que, dans cette chose redoutable, apparaisse pour moi un complément fortifiant, béatifiant même, aux vues que vous m'avez ouvertes sur votre Omniprésence.

Et, en vérité. Seigneur, ai-je besoin de forcer mon esprit ou les choses pour apercevoir, dans le mystère même de la deuxième mort, une source de vie? Est-il nécessaire de regarder beaucoup pour découvrir dans les ténèbres extérieures un surcroît de tension et un approfondissement de votre grandeur?

Considérées dans leur action maligne, volontaire, les puissances du Mal, je le sais déjà, ne peuvent en rien troubler, dans mon ambiance, le Milieu Divin. A mesure qu'elles cherchent à pénétrer dans mon Univers, leur influence (si j'ai assez de foi) subit le sort commun de toute énergie créée; saisis, tordus par votre énergie irrésistible,les tentations et les maux se convertissent en bien, et excitent le brasier de l'amour.

Considérés dans le vide que creuse leur défection au sein du Corps mystique, les esprits déchus ne sauraient non plus, je le sais encore, altérer la perfection du Plérôme. A chaque âme qui, se perdant malgré les appels de la grâce, devrait ruiner la perfection de l'Union commune, vous opposez, mon Dieu, une de ces refontes qui restaurent à chaque instant l'Univers dans une fraîcheur et une pureté nouvelles. Le damné n'est pas exclu du Plérôme, mais de sa face lumineuse et de la béatification. Il le perd, mais il n'est pas perdu pour lui.

L'Enfer, donc, par son existence, ne détruit rien, ne gâte rien, dans le Milieu Divin dont j'ai suivi. Seigneur, avec ravissement, les progrès autour de moi. Mais je le sens, il y opère en outre quelque chose de grand et de nouveau. Il y ajoute un accent, une gravité, un relief, une profondeur, qui, sans lui, n'existeraient pas. La Cime ne se mesure bien que par l'abîme qu'elle couronne.

Je parlais, tout à l'heure, suivant mes vues humaines, d'un l'Univers fermé, en bas, par le néant, c'est-à-dire d'une échelle de grandeurs arrêtées, en quelque sorte, à un zéro. Voici, mon Dieu, que déchirant les ombres inférieures de l'Univers, vous m'apprenez que sous mes pieds s'ouvre un autre hémisphère, - le domaine réel, descendant sans limites, d'existences au moins possibles.

Est-ce que la réalité de ce pôle négatif du Monde ne vient pas doubler l'urgence et l'immensité du pouvoir avec lequel vous fondez sur moi ?

 

(Le milieu divin)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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